Monique de Gouy d'Arsy
Comtesse des Salles 1769-1787
Comtesse O'Mahony 1787-1823
Armoiries de la famille de Gouy d'Arsy
La famille O'Mahony conserve ce portrait qui n'est ni daté, ni signé, ni légendé.
Nous ne savons donc pas qui est le sujet représenté.
On remarque cependant une ressemblance certaine au niveau du nez et de la bouche avec Arsène O'Mahony et avec Françoise-Mélanie de Salomon de Poulard
On peut donc imaginer qu'il s'agit là de Monique de Gouy d'Arsy, mère d'Arsène et petite-fille de Françoise-Mélanie
Mais ceci n'est que pure conjecture !
Monique de Gouy d'Arsy est née au Vieux-Louvre (dans
l'appartement qui avait été donné par Louis XV à Madame de La Lande, sous-gouvernante des Enfants de France,
son arrière-grand-mère) le 11 novembre 1749. Elle fut ondoyée le jour même à Saint-Germain l'Auxerrois, et portée
sur les fonts
le 22 décembre suivant, dans la chapelle du Roi au château de Versailles, par le Dauphin Louis et par Henriette de France, sa sœur, Monseigneur
Armand, cardinal de
Soubise, prince évêque de Strasbourg et grand aumônier de France officiant (
voir acte).
Son père était Louis de Gouy, marquis d'Arsy, seigneur d'Arsy, Avrigny, Cartigny,
Troussencourt, Francastel et autres terres situées en Picardie, alors brigadier, colonel commandant le régiment de la Reine, infanterie (dont la Reine
est colonel en titre) et chevalier de Saint-Louis. Sa mère était
Anne Yvonette de Rivié, alors dame de Mesdames, filles de Louis XV, place qu'elle quittera en 1760.
Armoiries d'alliance Gouy d'Arsy - Rivié
sur la couverture d'un livre d'Anne Yvonette de Rivié
Monique fut élevée par la dame Gautier, épouse du sieur Grès, de Laissac (Aveyron), maître d'hôtel du marquis, puis éduquée dans un couvent comme les jeunes filles
nobles à cette époque. Dans son testament le marquis n'oublira pas ces fidèles serviteurs : « Désirant récompenser l'attachement à toute épreuve depuis
quarante six à quarante sept ans et la scrupuleuse probité du sieur Grès de Laissac, mon maître d'hôtel, désirant pareillement récompenser l'attachement
depuis trente six ans de la dame Gautier sa femme qui a élevé tous mes enfants avec un soin, une probité et une décence irréprochable, je donne et lègue
au dit Laissac et à sa femme etc. »
Monique avait deux frères : Louis-Marthe, plus tard député à la constituante, né le 15 juillet 1753, et François, né le 9 novembre 1755.
Monique a 11 ans quand son arrière-grand-mère Madame de La Lande (Jeanne-Françoise de Biaudos de Castéja, épouse de Jacques de Salomon, seigeur de Poulard et de La Lande),
sous-gouvernante des Enfants de France, décède
le 13 avril 1761 dans son appartement au château de Versailles, âgée de 88 ans. Son seul et unique héritier est Louis de Gouy, son petit-fils, mais elle lègue
à Monique 10 000 livres ainsi que ses "petites boucles d'oreilles" pour lesquelles l'enfant avait certainement montré de l'intérêt.
Portrait de Mme de La Lande avec sa fille plus tard marquise de Gouy d'Arsy (1710)
Le château de Versailles a fait l'acquisition de ce tableau en 2015
Dans son héritage se trouve l'appartement du Vieux Louvre où naitra Arsène O'Mahony
I.- Comtesse des Salles 1769-1787
Grandes armes de la famille des Salles ou Dessalles
Cette famille, originaire du Béarn, s'est établie en Lorraine à la fin du XVe siècle.
Armoiries simples de la famille des Salles
"d'argent à la tour d'azur donjonnée de sable, posée sur une motte de sinople"
Monique épousa le 17 avril 1769 à Paris, en la chapelle de l'hôtel du sieur
Turgot, 12 rue Portefoin, dans le 3e arrondissement,
Louis Antoine Gustave, comte des Salles, mestre de camp d'un régiment de cavalerie de son nom de 1749 à 1762, date à laquelle
il fut promu maréchal des camps (le régiment des Salles cavalerie devint le Royal-Lorraine en 1762), gouverneur de Neufchâteau.
Extrait du plan de Turgot réalisé entre 1734 et 1739
La flèche rouge indique la rue de Portefoin. Un immeuble est aujourd'hui à l'emplacement de l'hôtel Turgot.
Le président Briçonnet, précédent propriétaire de cet hôtel,
avait fait exécuter par Lesueur des peintures dans la chapelle de sa maison. Quand Turgot (le prévôt des marchands, auteur du plan de son nom) devint
acquéreur de l'hôtel, les peintures de Lesueur étaient
toujours au complet et après la mort de son fils (le ministre) en 1781 ses héritiers proposèrent de les vendre au Roi pour 10 000 livres, négociation qui n'aboutit pas.
Le Roi et la famille royale avaient signé le contrat qui avait été passé le 30 mars chez Me Laideguive. La cession de l'appartement du Louvre, que Louis XV avait donné
à Madame de La Lande (arrière-grand-mère de Monique) en 1772, fut une condition du mariage comme l'écrira le comte en 1774, et
Louis Phélypeaux de Saint-Florentin, duc de la Vrillière, secrétaire d'état à la Maison du Roi, entérina la cession par un courrier au marquis de Gouy d'Arsy
daté de Versailles
le 6 septembre, en ces termes : « Je vous donne avis avec bien du plaisir, Monsieur, que le Roi a bien voulu vous accorder la permission de céder
à M. le Cte des Salles, votre gendre, l'appartement que vous occupez au Louvre, et que S.M. veut bien en même temps lui en assurer la jouissance sa vie durant. »
Par l'article premier du contrat il a été établi entre les époux communauté de biens meubles, conquêts, immeubles, selon la coutume de Paris.
Par l'article deux il a été dit que les époux ne seraient pas tenus des dettes de l'un l'autre contractées avant le mariage.
Par l'article trois Madame la marquise de Gouy [Yvonette, née de Rivié de Ricquebourg], mère de la future épouse, lui a constitué en dot, tant en avancement sur sa succession future que pour se libérer des legs particuliers faits à la dite future par Madame Derivié
[Agathe de Rivié de Riquebourg, née de la Rivière] son ayeule maternelle, savoir : 1° 7 000 livres de rente sur les Aides et Gabelles au principal
de 280 000 livres (qu'elle tenait de son père) et 2° 6 675 livres de rente au principal
de 166 875 livres (sur le prix de la vente de la terre de Liancourt dès qu'elle serait vendue). Outre cette dot il a été dit qu'il appartenait encore à la future 500 livres de rente au principal de 10 000 livres à elle due par le marquis de Gouy en vertue du testament
de Madame de La Lande [Jeanne Françoise de Salomon de Poulard de La Lande, née de Biaudos de Castéja, sous gouvernante des Enfants de France] son aïeule paternelle.
Par l'article quatre il a été dit que la future épouse toucherait sur ses simples quittances partie de la rente sur les Aides et Gabelles.
Par l'article cinq il a été dit qu'outre la constitution ci-dessus, M. et Mme de Gouy assuraient à la future épouse la somme de 300 000 livres, savoir : le marquis de Gouy 100 000 et la marquise de Gouy 200 000 livres ; et
ils ont au surplus réservé la future à venir au partage de leurs successions pour y prendre les parts qu'elle pourrait y avoir de droit dans le cas où elle préfererait de les accepter.
Par l'article six il est énoncé que le futur époux se mariait avec les biens et droits qui lui appartenaient et qui étaient constatés : 1° par son premier contrat de
mariage avec Melle de Graville [Marie Louise Malet de Graville, décédée en 1781] passé devant Vatin notaire à Paris le 13 février 1760 et 2° par les actes de partage faits après le décès de
Madame la duchesse de Brancas [Adélaïde Louise Candice de Brancas-Villars, sa mère]. Outre ces biens, le futur a déclaré qu'il lui appartenait 25 000 livres
en mobilier et revenus. [Notamment 2 hôtels particuliers situés à Nancy attribués en 1760 en vertu de son contrat de mariage].
Il a été stipulé par l'article huit que les biens appartenant à chacun des époux leur seraient et demeureraient propres avec ce qui leur adviendrait par la suite.
Le douaire a été fixé dans l'article neuf à 6 000 livres de rente dans le cas d'existence d'enfants nés du mariage.
Par l'article dix il a été dit que la future aurait en outre, tant qu'elle demeurerait en viduité [délai de 300 jours imposé par le droit aux femmes veuves avant de pouvoir contracter un nouveau mariage] son habitation dans l'un des châteaux du futur [en l'occurence ce sera Malpierre].
Le préciput [droit reconnu à certains héritiers par le testateur ou la loi de prélever une somme ou des biens compris dans l'héritage avant tout partage] a été fixé à 20 000
livres en deniers ou en meubles. Outre le préciput il a été dit que la future aurait ses bagues, joyaux, diamants, sa toilette et son linge à son usage.
Les clauses de remploi et de renonciation ont été stipulées selon l'usage.
La "Gazette France"
"Journal Politique" pour l'année 1769 - mois d'avril
L'annonce du mariage a été faite dans plusieurs journeaux de l'époque, dont la "Gazette de France" et les "Annales historiques et périodiques".
Quand ils étaient à Paris, le marquis et la marquise de Gouy habitaient l'hôtel de Vic, situé rue Saint-Martin dans le 3e arrondissement,
que le marquis s'était résolu à prendre en 1767 et qui lui revenait à plus de
douze mille livres. La marquise y avait
trois femmes de chambre, un cocher et deux laquais. Parmi son personnel le marquis avait un secrétaire, un valet de chambre, un cuisinier, un cocher, un laquais, un frotteur et un suisse. La marquise avait
une voiture et deux chevaux, et le marquis quatre voitures et douze chevaux. Depuis la mort de son frère en 1753, la marquise de Gouy se trouvait à la tête d'une succession considérable et le marquis
était devenu le maître de toutes les seigneuries réunies
par Thomas Rivié au sein de la baronnie de Ressons, en Picardie et de la
baronnie de Chars, dans le Vexin français. En plus du château d'Arsy, il se
trouvait donc posséder ceux de Marines, Ricquebourg et La Neuville-sur-
Ressons, celui de Marines ayant sa préférence puisqu'il y habita très souvent entre 1758 et 1786.
Le couple des Salles logea d'abord dans la maison du marquis de Gouy (hôtel de Vic) en attendant que l'appartement du Louvre soit en état de les recevoir.
L'hôtel de Vic fut démoli en 1885
Un incident s'y produisit le 10 mai 1769 : les deux frères de Monique allèrent à Vaugirard,
qui n'était encore
qu'un village de banlieue, pour se préparer à l'inoculation contre la petite
vérole (variole). A cette époque le vaccin n'était pas encore découvert et la méthode employée (inoculer un peu de pus variolique prélevé sur un malade) était un grand dilemne pour les médecins et les parents : faut-il courir un risque immédiat et modéré (la petite vérole artificielle) ou un risque plus important, mais plus lointain et moins certain ? La mère
imprudente avait été embrasser ses fils attaqués d'un poison, qui, pour être
volontaire, n'en était pas moins dangereux dans la communication. Au retour elle ne
changea point d'habits et vit Monique sans précaution. Quand il l'apprit, le
marquis, dont la mère était elle-même morte, à 26 ans, de la petite vérole
qu'elle avait prise de lui, qui a vu une partie de la famille de sa femme
détruite par ce venin, se mit en colère et s'écria dans sa détresse : « vous avez
risqué d'empoisonner votre fille ! » Et la crainte de rapporter dans sa maison l'air de
la maladie, lui fit renouveler l'interdiction faite à la marquise d'aller rendre
visite à ses enfants : « Je le crois bien, Madame, lui dit-il, que vous n'irez point voir
vos enfants. Si vous étiez assez hardie pour y mettre les pieds, je vous déclare que vous ne
rentreriez pas dans ma maison, et si vous y envoyiez quelqu'un de vos gens, celui qui s'y
serait présenté s'en trouverait mal, car je le tuerais sur la place. » Cette violente
altercation, pourtant bien compréhensible et qui le fera plus tard qualifier de
coléreux, se produisit à une époque où, nous allons le voir, les relations entre
le marquis et la marquise étaient loin d'être au beau fixe !
Monique fut présentée aux honneurs de la cour le 9 juillet 1769.
Dans une lettre datée de Paris, le 25 décembre 1769, le chevalier de L'Isle
écrit au comte de Riocour, à Nancy : « J'ai soupé dernièrement avec Mme des
Salles ; ma foi, cousin, celle-ci vaut bien l'autre ; vous m'en direz votre avis quand vous
l'aurez vue. » "L'autre" était Marie-Louise Malet de Graville, première épouse du comte des Salles, décédée sans enfants à 22 ans, en avril 1761.
Le 13 mars 1770, la comtesse des Salles écrivait à sa mère : « Vous voilà dans la
dure nécessité de revenir à un parti qui afflige l'amitié et révolte la nature ; j'en frémis,
parce que je ne vois guère de possibilité d'en prendre un autre plus honnête et plus heureux
pour vous. Sachez combien vous êtes plainte, aimée et chérie de vos enfants qui donneraient
leur sang pour vous voir plus heureuse. »
En effet depuis quelque temps la discorde s'était installée chez ses parents et, contrairement à ses frères qui se tinrent
à l'écart de la querelle, Monique prit ouvertement fait et cause pour son père, ce
qui lui valut d'amers reproches de sa mère qui disait avoir « eu le chagrin de voir le
Marquis de Gouy s'emparer de la confiance de sa fille ; elle a pour lui une tendresse que sa
mère avait mérité de partager. » Ils vécurent alors chacun de leur côté, lui ayant renoncé à recevoir et elle recevant encore quelques parents et amis à souper assez souvent.
Un certain temps s'écoula dans ce modus vivendi jusqu'à un nouvel esclandre
survenu le 6 janvier 1771 à la suite duquel le marquis partit six mois sur ses terres picardes. Au mois de
novembre 1771, la marquise se retira au couvent des Dames de l'Immaculée
Conception, dit des Récollets, rue du Bac à Paris, d'où elle engagea une
procédure en séparation de corps contre son mari, afin de recouvrer la jouissance de
ses biens. Elle en appela même, par une lettre, au Roi en personne. Elle prit pour avocat Maitre Gerbier, « un des plus grands orateurs que
la France ait produits », surnommé l'Aigle du barreau.
Le marquis, qui n'en voulait à aucun prix, se fit défendre par l'avocat Linguet. Celui-ci, qui faisait ses débuts à la barre avec cette affaire,
gagna sa cause au Parlement et au Châtelet, par arrêt rendu le 13 février 1773.
Après cela la marquise cessa d'habiter avec son mari ; mais celui-ci lui
donna un hôtel rue Cassette, loué 4 000 livres où elle avait huit domestiques,
une voiture et des chevaux.
"Journal historique" publié à Londres 1774 (tome quatrième)
Pour des raisons qu'on ignore, mais qui sont dites "de famille" (peut-être en rapport les évènements précédents ?), le comte et la comtesse des Salles
quittent Paris en 1773 et s'installent au
château de Malpierre en Lorraine, après en avoir demandé la jouissance au marquis des Salles, beau-père de Monique. Ils y feront pour plus de 200 000
livres de travaux
pour rendre la demeure plus luxueuse et confortable. Ils aménageront notamment un théâtre dans le jardin pour recréer à Malpierre la vie mondaine qu'ils
avaient à Paris. Une chapelle dédiée à l'Assomption était située au rez-de-chaussée, à côté de l'appartement de Monique. Proche de ce même appartement
une salle de bain existait avec baignoire, bidet, fontaine de faïence, chauffée par par un fourneau portatif. Une glacière avait été taillée dans la roche, derrière le château. Outre les cheminées, des fourneaux de faïence ou de fonte
assuraient le chauffage des pièces, etc.
Pour que son fils ait des revenus suffisants, le marquis des Salles lui attribue les domaines de la région de Vaucouleurs à savoir les seigneuries de Malpierre,
Bulgnéville et Vaucouleurs. Ces seigneuries ne deviendront rentables qu'à partir de 1787, première année où les recettes (20 873 livres) dépassent les dépenses (18 222 livres).
Le 9 mai 1775, le marquis de Gouy acheta une maison rue de la Chaussée d'Antin, à l'angle de la rue de Provence, bâtiment, cour, jardin
et autre dépendances, et un terrain situé derrière le dit jardin, joignant le
maison du comte de Bezon, moyennant 88 000 livres, ainsi que le mobilier
garnissant la dite maison, pour 4 000 livres. Le 24 avril 1777, il achetait 14 toises
(à peu près 28 m) de terrain autour de l'hôtel. C'est dans cet hôtel qu'il
décédera quinze ans plus tard, en laissant l'usufruit à sa fille Monique et la
propriété à sa petite-fille Aurore des Salles. Le quartier de la Chaussée d'Antin dont l'urbanisation n'avait commençé qu'en 1760 sur un terrain cédé
par les Mathurins,
était devenu le quartier à la mode.
Le 1er janvier 1777 Monique souscrivit au profit du comte de Pinieux, une reconnaissance de 40 000 francs sans l'autorisation de son mari. Le même jour son frère, le comte de Gouy d'Arsy
de porta caution de la dame des Salles. Mais sous la coutume de Paris, l'obligation contractée par une femme sans l'autorisation de son mari était frappée de nullité, ce que rappela
le tribunal par un jugement du 14 février 1839 contre les héritiers Pinieux.
Le comte des Salles retourna à Paris début 1778 et s'installa dans sa maison située dans le quartier du Luxembourg, rue Saint-Hyacinthe. Le 1er février la
Loge (maçonnique) de la Candeur fut présidée par le duc et la duchesse de Chartres. Le comte de Gouy (Louis-Marthe), alors orateur,
complimenta leurs altesses. Un magnifique banquet succéda
à la cérémonie. A la suite les frères et les sœurs donnèrent une représentation de l'
Ami de la Maison, opéra comique,
dans lequel la comtesse des Salles, qui était sœur à la Loge d'Adoption de la Candeur, joua un des principaux rôles.
Monique était enceinte de 3 mois à la mort de son mari dans leur appartement du vieux Louvre le 26 avril 1779 à l'âge de 45 ans.
Aurore des Salles, plus tard comtesse de Ludre,
y naquit le 13 septembre. Son mari laissait à Monique par testament fait le 26 avril 1779, déposé chez
Me Boursier, rue de la Verrerie à Paris, «
tout ce qu'il pouvait me laisser suivant les
coutumes des différents lieux où ses biens étaient situés, soit une rente de 8 980 livres
sur des salines en Gascogne provenant de Madame de Brancas, sa mère, et
un douaire de 6 000 livres de rente. »
Après le décès du comte des Salles, son père le marquis des Salles, contesta la donation faite à son fils du château de Malpierre, créant un sérieux différent avec Monique.
Au mois de Juin, son frère Louis-Marthe vint passer quatre jours à Malpierre avec son domestique, pendant lesquels il fit remplir et envoyer à Paris 24 caisses avec les affaires qui se trouvent dans les appartements de Monique.
Mais l'héritière était Aurore. Elle passsa son enfance au château de Malpierre avec probablement des séjours à Paris et à Nancy.
Pour protéger les intérêts de sa fille, Monique fit effectuer un inventaire du château de Malpierre par Me Nicolas Georges, notaire royal à Rigny-la-Salle (et régisseur du domaine).
L'inventaire commença le 9 décembre 1779 et se termina le 28 janvier suivant. C'est grace à cet inventaire que nous avons une description précise du château.
Son frère, Louis-Marthe de Gouy d'Arsy, épousa le 12 juin 1780 Amable Hux de Bayeux, jeune
orpheline de seize ans, appartenant à une famille de colons français qui
possédaient de grands biens à Saint-Domingue. Ce mariage ne se fit pas sans
heurt car, si le père de Louis-Marthe approuvait ce mariage, sa mère estimait
que son fils ne pouvait donner sa main à une créole ne produisant aucun titre
de noblesse et dont la fortune était des plus incertaines... attitude assez surprenante quand on connait l'origine des Rivié ! Monique était présente au mariage qui eu lieu de l'agrément du Roi et de la famille royale.
Elle présenta à la cour le 5 octobre suivant sa belle sœur la marquise de Gouy d'Arsy (Journal politique ou Gazette des Gazettes).
signature de Monique sur le contrat de mariage de son frère
ces signatures suivent celles du Roi et de la famille royale
On notera la présence de Stanislas-Catherine de Biaudos, comte de
Castéja
Peu après, le 28 août 1780, mourut le chevalier d'Arsy, âgé de 25 ans, plus jeune frère de Monique, mal soigné -contre l'avis de ses proches- par son ami Marat.
Galart de Montjoie, dans son Histoire de la conjuration de Louis-Philippe-Joseph
d'Orléans, fait un portrait de Marat et nous apprend ainsi comment mourut
François de Gouy.
« Né à Beaudry, dans le comté de Neuchâtel, en Suisse, de parents calvinistes et pauvres,
l'indigence l'avait poussé à Paris qui plus qu'aucune autre capitale de l'Europe, était le
rendez-vous et l'asile de tous les vauriens qui craignaient les regards et la censure de leurs
compatriotes. Marat y vécût longtemps misérable ; il se mit ensuite en tête d'y faire le métier
de charlatan. Il y débita au petit peuple toujours crédule, des herbes qu'il assura être des
simples de son pays, et qu'il métamorphosa en remède universel. Ses succès parmi les
pauvres lui donnèrent l'ambition de tenter la crédulité des riches. Il se donna pour
l'inventeur d'une eau tellement spécifique, selon lui, qu'elle guérissait toutes les maladies. Il
remplit de cette liqueur des milliers de petites bouteilles, et fixa le prix de chacune à deux
louis. Il fit quelques dupes.
Le chevalier de Gouy, frère de ce marquis de Gouy-d'Arsy qui sous le règne de la
première assemblée nationale, se fit un nom par ses folies et ses niaiseries y fut attaqué d'un
rhume de poitrine. Le comte de Gouy avait alors vingt-deux ans ; ses excellentes qualités
donnaient à sa famille les plus belles espérances. Son rhume n'était rien. Une femme de
distinction pour laquelle il avait une grande déférence, et dont Marat on ne sait comment,
était parvenu à se faire une protectrice, lui amena un jour ce malheureux, et lui ordonna de
se mettre entre ses mains. Le jeune de Gouy obéit, et comprenant cependant qu'il faisait
une folie, il prit les plus grandes précautions pour que ses parents ignorassent les visites que
lui rendait Marat. Celui-ci ne manqua pas de lui vanter les petites bouteilles dont le débit
faisait toute sa fortune. Le trop complaisant de Gouy en acheta pour des sommes si
considérables, qu'il employa à cette dépense tout l'argent qu'on laissait à sa disposition, et
qu'il fut obligé en outre de contracter des dettes. Ce manège dura environ cinq ou six mois.
La santé cependant de de Gouy dépérissait à vue d'œil. Son état de langueur et ses
emprunts inquiétèrent sa famille. Il fallut que sa mère usât de toute son autorité pour le
contraindre à ne lui rien déguiser. Il avoua qu'il voyait tous les jours Marat qui lui avait
été recommandé par une femme de la cour. On l'obligea à consulter des médecins. Il n'obéit
qu'après avoir obtenu que Marat ne cesserait pas de le voir, assurant qu'il lui devait
beaucoup de reconnaissance, et qu'il fallait attribuer l'état où on le voyait non aux remèdes
de cet homme, mais à la nature même de la maladie.
Les médecins déclarèrent qu'on les avait appelés trop tard, et que le mal était incurable.
Le jeune de Gouy fut administré, et sa mère de laquelle je tiens cette anecdote, eut la
douleur de le voir expirer entre les bras de ce même Marat, jetant le sang par les narines,
par la bouche et par tous les pores. En expirant, ce bon jeune homme supplia qu'on
n'imputât point sa mort à ce malheureux, assurant qu'il en avait reçu des services qui
méritaient toute sa gratitude. C'est de cette manière que l'infâme Marat exerça quelque
temps parmi nous la médecine. Pour n'être point troublé dans ses funestes jongleries, il
acheta du premier chirurgien du roi un brevet, et ensuite le titre de médecin des écuries du
comte d'Artois. Malgré ce brevet et ce titre, Marat ne tarda pas à être reconnu pour le plus
inepte et le plus dangereux des charlatans. »
La mort de son mari laisse Monique dans une situation financière délicate. Pour payer les frais de succession et partie des dettes, elle doit vendre le mobilier du château. Elle donne les instructions en ce sens le 14 novembre 1780 dans une lettre à son avocat à Vaucouleurs.
La vente débuta le 20.
Monique partageait son temps entre le Louvre et le château de Malpierre, quittant l'un pour l'autre notamment lorsque des travaux devaient être
effectués dans l'appartement. D'après Christiane Aulanier [Le pavillon du Roi : les appartements de la reine], Monique, qui avait hérité du caractère
revendicatif de sa lignée n'attendait pas les autorisations nécessaires des services des Bâtiments du Roi pour percer les murs, abattre des cloisons, etc., et se voyait
condamnée à des amendes dont le produit allait aux pauvres de Saint-Germain l'Auxerrois. A sa décharge il faut reconnaitre la difficulté qu'il y avait
à faire exécuter des travaux pourtant approuvés. Les Archives Nationales conservent des échanges de courrier très instructifs à cet égard.
Monique avait en effet demandé le 10 juin 1784 au comte d'Angivillier, directeur général des Bâtiments du Roi (AN : O1 1674 bobine 1), la réfection d'un
escalier qui 4 ans plus tard ne sera toujours pas exécutée bien qu'approuvée :
« Je désirerai fort, Monsieur, faire établir à mes frais, sur la partie du balcon qui est vis-à-vis la fenêtre de mon appartement donnant sur le quai, des jalousies pour m'isoler du soleil brûlant du midi qui me grille tout l'été. J'en ai parlé hier à Mr. Brébion et lui ai expliqué de quoi il s'agissait ; il m'a paru ne trouver aucun inconvénient d'autant que ces jalousies ne seront qu'à cordons point ? et ne se poseront jamais qu'au mois de mai pour s'ôter qu'au mois de septembre ; il vous en rendra compte et m'a dit d'avoir l'honneur de vous écrire. J'espère que vous voudrez bien le trouver bon, et y donner votre attache le plus tôt possible parce que le soleil de ce temps ci me rôtit à un point jusqu'à table.
Pardon, Monsieur, vous importuner pour une semblable misère, si je n'avais à réclamer vos bonté et votre justice pour une chose d'une plus grande importance. Je vous la détaillerai le plus brièvement qu'il me sera possible et j'en rapporterai entièrement un compte que vous en rendra Mr. Brébion, dont je sais que la probité et l'honnêteté ont mérité, avec raison, votre confiance.
Il ne s'agit rien moins, Monsieur, que de mon escalier ; il tombe tout à fait en pourriture, et cela provient non seulement de sa vétusté et de la manière peu solide dont il a été construit ; mais aussi d'une cheminée de commodités qui passe, depuis le haut de la cuve jusqu'en bas, dans cette partie-là, laquelle est si mal faite que le gros mur en est on ne peu plus endommagé. Par les temps humides on y ramasserait avec la main le produit de ce qui le jette continuellement dans cette fosse et il en résulte d'abord une odeur infecte chez moi, dont je suis très incommodée et nécessairement la destruction du gros mur du Bâtiment dans toute sa hauteur. Pardon, Monsieur, d'un détail aussi peu propre, mais il est ici indispensable pour vous faire juger de la justice de ma demande ; si toutes les personnes qui habitent dans les maisons royales n'en faisait jamais de plus indiscrètes vous ne seriez pas aussi souvent dans le cas de refuser.
Les bois des marches de mon escalier portent ? et sans délai je demande des ouvriers pour qu'on les répare parce qu'il y a risque de la vie. Mr. Brébion, avec lequel ?, a trouvé ma demande si juste, et même si urgente, qu'il s'est refusé à me faire raccommoder des marches et un bout de rampe cassée, en me disant que, comme il était peu possible que cet escalier la subsistat, il était inutile s'y faire aucune réparation et que le tout se ferait ensemble. C'est d'après cela, Monsieur, que je me suis décidé à vous supplier de m'en accorder un autre. Ceci n'est point une action de lune, de fantaisie, ni même de grâce. C'est une justice que je réclame pour une chose de première nécessité, car lorsque le Roi a bien voulu me donner un logement chez lui, il a surement voulu que je puisse y monter sans risque et que je n'y sois pas infectée ; d'ailleurs la solidité du Bâtiment est intéressée. Mr. Brébion vous le certifiera, Monsieur, et vous dira, en même temps, combien cela est urgent et d'après son rapport, j'espère que vous voudrez bien donner des ordres pour la prompte exécution, de ce que je vous demande, assez justement, et je serai aussi reconnaissante de cet acte de justice de votre part que si c'était un acte de faveur.
Je vous prie, Monsieur, d'en agréer l'assurance, et celle de tous les sentiments que je vous ai voués avec lesquels, j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissante servante. »
Signature de Monique au bas de la lettre
En 1785 un de ses domestiques étant décédé dans l'appartement du Louvre, Monique devra néanmoins s'acquitter pour lui de la capitation ("taxe par tête") due le 1er janvier.
Quittance de capitation (impôt par tête) de 1785,
à la comtesse des Salles
-cliquer sur l'image pour l'agrandir-
Le 27 avril 1785 son beau-père, marquis de Bulgnéville, décède à Nancy-Saint Epvre. Il était lieutenant général, commandeur de Saint-Louis,
gouverneur des villes de
Vaucouleurs, Neufchateau et Maubeuge, conseiller d'Etat et chambellan du duc de Lorraine.
Il avait contesté la propriété du château à Monique et sa disparition permet de clôturer la succession, Aurore étant la seule héritière. De cet héritage
considérable il restait à
Aurore à la Révolution les domaines engagés de Vaucouleurs et de la Voivre, les domaines de Malpierre, de Bulgnéville et de Mars la Tour, deux hôtels à Nancy,
deux maisons à Essey-les-Nancy.
Par acte devant Lormeau, notaire à Paris, les 5 et 7 avril 1785 Monique prête à son frère 150 livres dont elle ne reverra jamais ni le capital ni les intérêts !
Monique met en vente en 1786 soit la seigneurie de Malpierre (avec le domaine de Vaucouleurs), soit celle de Bulgnéville, "celle des deux dont on lui offrira
les conditions les plus avantageuses". Mais finalement aucune vente ne se réalisa.
Cachet de Monique, comtesse des Salles sur une lettre datée de 1785 concernant le marquisat de Bulgnéville
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-document aimablement communiqué par M. Lejuste-