A propos du comte de Chambord
1814-1883




Le roi Charles X, qui régna de 1824 à la révolution de 1830, avait eu 2 fils : Louis-Antoine, duc d'Angoulème (1775-1844), et Charles-Ferdinand, duc de Berry (1778-1820). Le premier n'eut pas d'enfant de son mariage avec sa cousine germaine Marie-Thérèse, fille de Louis XVI. De son mariage avec Caroline des Deux-Siciles, le second eut un fils, Henri d'Artois (dit "l'enfant du miracle" car né sept mois après l'assassinat de son père), plus tard comte de Chambord (1820-1883).

Henri d'Artois, dernier descendant de Louis XV et Marie Leszczynska, porta le titre de duc de Bordeaux puis, à partir de 1830, celui de comte de Chambord. Son accession au trône en 1873 sous le nom d'Henri V fut très proche d'aboutir, mais son attachement au drapeau blanc fit échouer cette nouvelle restauration. N'ayant pas eu d'enfants, sa mort en 1883 marque l'extinction de la branche d'Artois des Bourbons et le début de l'éternelle querelle des prétendants, entre les maisons d'Anjou et d'Orléans.





Le comte de Chambord, par A. Malatesta (palais ducal de Modène)
"Après sa mort l'attachement quasi-charnel de presque tout un peuple pour son prince n'existera plus"





Armes des prétendants au trône de France depuis 1883




Déjà Arsène O'Mahony avait montré son attachement à ce prince en publiant en 1820 chez Le Normant (Paris) Naissance de S.A.R. Monseigneur le Duc de Bordeaux, 8 pages que l'on peut lire ici, et plusieurs articles dans les journaux dont il était rédacteur.

Maurice, quant à lui, avait 15 ans quand il rencontra ce prince, à Lucerne le 19 Juin 1862, comme le rapporte Gabriele O'Mahony dans une lettre à son neveu Michel:
« C'est avec ce mot que le comte de Chambord venu à Lucerne pour recevoir les Français restés fidèles à la cause légitime, acceuillit ton père, jeune homme de 15 ans qui allait lui présenter ses hommages, patroné par le Cel de la Pommeraye. »


Mais cette lettre de Maurice, adressée à sa belle-mère, datée d'Orléans le 6 juillet 1883, est intéressante :
« On est fort occupé du Cte de Chambord, son état d'après les nouvelles les plus certaines est désespéré, c'est une question d'heures [il est mort le 24 août], et vous ne sauriez croire la quantité d'Orléanistes qui se révèlent déjà sous les rangs des républicains d'hier. Parmi les petits fonctionnaires ou employés subalternes des administrations de l'Etat, pauvres diables besogneux, ayant besoin de leur places, beaucoup sont obligés de voir de loin venir le vent et l'habitude de faire une excellent boussole ; or depuis quelques jours, par mille petits manèges, ils cherchent à se mettre à l'abri sous l'aile des personnes considérées comme amies des princes d'Orléans. Signe des temps ! Et non des moins sérieux ! Quanr aux légitimistes, ils ne cachent pas pour la plupart que cette mort simplifie considérablement la situation ; deux ou trois énergumènes à peine (MM d'A...entre autres) déclarent qu'ils n'accepteront jamais les princes d'Orléans, mais comme les princes se passeront bien d'eux, ces honorables chevau-légers sont parfaitement libres de devenir communards si bon leur semble ce fait serait sans importance. En ce qui concerne les républicains sincères on peut dire que cette mort les navre ; en six mois la République aura perdu ses deux plus fermes appuis : Gambetta et le Cte de Chambord, et encore le dernier rendait bien plus de services que l'autre à la République, et les républicains ne se gênent pas pour le dire. Que nous réserve l'avenir ? Nul ne pourrait le dire avec certitude, mais il est positif que le parti monarchiste va se trouver bientôt en mesure de rentrer en campagne avec des chances bien nombreuses. Le drapeau tricolore entre les mains des royalistes va leur ramener bien des soldats. Enfin qui vivra verra. »






                 

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Le comte de Chambord comptait de nombreux partisans parmi les catholiques. Il affirmait des principes et un programme qui devaient séduire le polémiste catholique Louis Veuillot. Dans sa lettre au comte O'Mahony, du 14 avril 1840, il avait confessé :
« Je suis monarchiste tout court, et je ne place aucun nom sur le trône ; à mes yeux même le trône est vide [ndrl, c'est Louis-Philippe qui l'occupe alors]. »


Vers la même époque, au comte O'Mahony qui le pressait d'adhérer au parti légitimiste, lui disant qu'il l'attendait au pied d'une croix fleurdelysée, il répondait :
« Jetons nous au pied de la croix, prions Dieu pour la justice, pour la France. Et si Dieu place aux bras de cette simple croix des fleurs de lys, certes ma main ne les abattra pas, et je ne cesserai pas pour cela de prier. Mais que Dieu décide. »