La Bédoyère en Talensac, Ille et Vilaine

propriété de la famille de l'origine à la Révolution




La seigneurie de la Bédoyère appartenant d'abord à la famille de ce nom, devint la propriété des Huchet par suite du mariage en 1420 de Jeanne, dame de la Bédoyère, avec Bertrand Huchet ; leurs descendants l'ont possédée jusqu'à sa supression à la Révolution. La terre resta néanmoins dans la famille ...


Talensac

Talensac



La Bédoyère n'était à l'origine qu'une petite seigneurie. Mais en 1642 Gilles HUCHET l'agrandit considérablement par acquisition de plusieurs fiefs faisant partie de la seigneurie de Montfort (dont celui de la Prévoté de la Rigadelaye, qui comprenait toute la paroisse de Talensac) et obtint du roi Louis XIII des lettres patentes datées de janvier 1643, unissant cette seigneurie de la Bédoyère celle de la Bouëxière qu'il possédait également, et érigeant le tout en châtellenie sous le nom de la Bédoyère, ce qui permit à son fils André de porter le titre de comte de la Bédoyère.

Le roi accorda en même temps au seigneur de la Bédoyère une haute justice, un marché à Talensac tous les mardis et trois foires par an, savoir les 1er et 2 juillet et le 26 du même mois au bourg de Talensac, et le 29 juin au bourg du Verger, trêve de Talensac. Les lettres royales constataient aussi que le seigneur de la Bédoyère avait droit de prééminences, banc et enfeu armoriés dans le chanceau de l'église de Talensac, qu'il était seigneur fondateur de l'église du Verger, et qu'enfin en l'église de Bréal lui appartenait une chapelle prohibitive touchant le chanceau du côté de l'épitre. Le seigneur de la Bédoyère était aussi présentateur des chapellenies desservies dans la chapelle de son manoir de la Bédoyère, où l'on voit encore une pierre tombale; il avait également deux enfeus à Rennes : l'un en l'église des Pères Minimes et l'autre en l'église du couvent de Bonne-Nouvelle. Ayant renoncé en 1643 à l'exercice à Talensac des droits féodaux de triage des communs, établissement de pressoirs banaux et devoir de guet, il voulut, entre autres choses, que les paroissiens s'obligeassent par reconnaissance à se rendre processionnellement chaque année à Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, conduits par leur recteur, et allassent chanter un De profundis sur les tombes de ses ancêtres dans les deux églises de Rennes qui les renfermaient, ce'.qu'accepta le général de la paroisse de Talensac. Enfin, plusieurs maisons nobles du pays relevèrent féodalement de la Bédoyère après 1643 ; telles furent le Bois-de-Bintin, le Houx, le Guerne, la Touche-Rolland et autres manoirs de Talensac.





la Bedoyère

Emplacement de l'ancien château de la Bédoyère


Ancienne maison seigneuriale de la paroisse de Talensac, le château de la Bédoyère était situé au centre d'une longue parcelle entourée de douves empierrées à l'est et alimentées par une dérivation. Il fut reconstruit entre 1739 et 1742 par l'ingénieur et architecte rennais Raymond Bechet des Ormeaux. En ruines dans les années 1900, il a été détruit au siècle suivant.

Le corps de logis était encadré de deux ailes de communs à l'extrémité desquelles se trouvaient une chapelle et une fuie (ou colombier) ; ces bâtiments, en particulier la chapelle datant du 17e siècle, sont antérieurs à la reconstruction du château. La partie nord de cet ensemble, la chapelle et la fuie sont partiellement conservées aujourd'hui. La chapelle est bâtie en appareil de bossage et présente sur sa porte les armoiries mutilées de ses fondateurs, les seigneurs de la Bédoyère. A l'intérieur on remarque un beau retable en marbre, des meurtrières ouvertes de chaque côté de l'autel, deux petits tableaux peints sur cuivre, représentant Notre-Seigneur et sa sainte Mère, et au milieu du pavé une pierre portant seulement ces mots : Les cendres de Mrs de la Bédoyère.





la Bedoyère

Chapelle : vue générale sud


la Bedoyère   la Bedoyère

Chapelle : détail portail sud (à gauche) et portail ouest (à droite)


la Bedoyère

Chapelle : vue intérieure vers le chœur



Les seigneurs de la Bédoyère

Les seigneurs du lieu en portaient le nom, et nous savons qu'en 1427 notre ancêtre Pierre de La Bédoyère, fils de Jean et Gilette de Saint-Jean, habitait le manoir paternel. De son mariage avec Alix des Salles, il ne laissa qu'une fille, Jeanne de la Bédoyère, mariée à Bertrand Huchet, secrétaire d'Etat et du Conseil du duc de Bretagne en 1421, plus tard garde des sceaux et ambassadeur en Angleterre.

Bertrand Huchet habitait la Bédoyère en 1444 avec sa femme ; ils furent les auteurs de la noble famille Huchet de la Bédoyère qui conserva jusqu'à la Révolution la seigneurie de ce nom. Il mourut vers 1463, laissant pour fils et héritier Raoul Huchet, seigneur de la Bédoyère, mort en 1494 après avoir comparu aux montres de 1479 et 1484.

Jean Huchet, son fils, seigneur de la Bédoyère en 1494, épousa Françoise du Bellouan dont il eut autre Jean Huchet, son successeur.

Ce denier s'unit d'abord à Julienne de Quédillac puis à Marie de Cleuz, dame de Rédillac ; il mourut en 1549.

Vint ensuite Roland Huchet, mari de Rollande Téhel de la Bouvais, mort avant septembre 1571.

François Huchet, leur fils, marié en 1597 à Péronnelle d Trécesson, fut reçu deux ans après conseiller au parlement de Bretagne et décéda en 1622.

Gilles Huchet, fils des précédents, marié en 1622 à Louise Barrin puis à Anne Le Pelletier, fut nommé procureur général en 1631 et devint conseiller d'Etat. La Bédoyère, qui relevait du comté de Montfort, n'était qu'une petite seigneurie, jusqu'à l'an 1642 où Gilles acquit du duc de la Tremoille plusieurs fiefs faisant partie de sa seigneurie de Montfort, dont celui de la Prévôté de la Rigadelaye, qui comprenait toute la paroisse de Talensac. Il possédait par ailleurs la terre de la Bouexière en Bréal, aussi obtint-il du roi Louis XIII des lettres patentes datées de janvier 1643 unissant à la seigneurie de la Bédoyère celle de la Bouëxière et les fiefs de Talensac distraits du comté de Montfort, et les érigeant le tout en châtellenie sous le nom de la Bédoyère. Le Roi accorda en même temps une haute justice, un marché à Talensac tous les mardis, et trois foires par an, savoir les 1er et 2 juillet et le 26 du même mois au bourg de Talensac, et le 29 juin au bourg de Verger, trêve de Talensac. Les lettres royales constataient aussi que le seigneur de la Bédoyère avait droit de prééminences, banc et enfeu armoriés dans le chanceau de l'église de Talensac, qu'il était seigneur fondateur de l'église du Verger, et qu'enfin en l'église du Bréal lui appartenait une chapelle prohibitive touchant le chanceau du côté de l'épitre.

Son fils aîné fut André Huchet, qualifié comte de la Bédoyère, son père ayant obtenu en1643 l'érection de cette terre en châtellenie. Il épousa en 1649 Marie le Duc et fut, l'année suivante procureur général. Plus tard il se remaria en 1682 avec Françoise Le Chevoir et en 1687 avec Jacqueline Morice. Il mourut l'année suivante et fut inhumé, le 20 novembre 1688 en l'église des Cordeliers de Vannes.

Son fils Charles-Marie Huchet, conseiller du Roi en tous ses conseils et son procureur général au Parlement de Bretagne, seigneur de La Bédoyère après lui, fut marié le 24 août 1677 dans la cathédrale de Rennes par Mgr de Coëtlogon, évêque de Quimper, avec Eléonore du Puy de Murinais, l'amie de Mme de Sévigné. Il fut aussi nommé en 1674 procureur général au parlement de Bretagne.

Charles Huchet, fils aîné des précédents et frère de notre ancêtre Hugues-Humbert, né en 1683 et seigneur de la Bédoyère, fut reçu conseiller au parlement de Bretagne en 1707, épousa en 1708 Marie-Anne Danycan. Il succéda à son père en 1710 dans la charge de procureur général qu'il remplit jusqu'à sa mort en 1754. Il augmenta encore l'importance de sa seigneurie en achetant en 1715 une portion de la forêt de Montfort, plus « la seigneurie et fondation de l'église et paroisse de Coulon, les fiefs, rentes foncières et féodales dues tant engrains que par argent en la dite paroisse, le droit de présentation au prieuré Saint-Lazare de Montfort, le droit de pêche dans la rivière du Meu, etc. » Il est probable que ce soit lui qui fit reconstruire le château entre 1739 et 1742 par l'ingénieur et architecte rennais Raymond Bechet des Ormeaux.

Son fils Charles-Marguerite Huchet, qualifié marquis de la Bédoyère, fut en 1733 avocat général à la Cour des Aides de Paris et épousa Agathe Sticotti. Il mourut à Rennes en 1786 et sa veuve le suivit l'année suivante dans la tombe.

Corentin-Marie Huchet, leur fils, fut le dernier seigneur de la Bédoyère. Il épousa le 17 mars 1779 Reine-Modeste Rado, qui mourut au château de Talhouët en Pluherlin le 14 octobre 1783 et le 28 mars 1784 Marie-Charlotte du Hérissier. Ayant émigré, ses biens furent mis en vente par la nation, mais son frère Charles Huchet de la Besneraye, qui n'avait pas quitté la France, acheta la Bédoyère et la conserva ainsi à la famille.

Le fils de cette seconde union, Louis Charles Agathe (1785-1863) portait le titre de marquis de la Bédoyère, titre qui passa à sa mort à son petit neveu Louis-Marie-Alexis car il n'avait eu qu'une fille, Charlotte-Geneviève, de son mariage avec Olympe de Gondrecourt. A défaut du titre, Charlotte-Geneviève conserva La Bédoyère que sa fille, Mme de Saint-Méleuc possédait encore à la fin du XIXe siècle.

Le château, mal entretenu, tomba presque en ruine et fut démoli avant 1920. Seule une petite partie a été restaurée en habitation et est aujourd'hui occupée.




Sources :
photos voir
ici
La noblesse de Bretagne devant la chambre de réformation, 1668-1671 : arrêts de maintenue de noblesse. Tome 2 ici