Traversé par la route nationale qui relie Paris à Dijon, Dole et Genève, le village de Sampans est l'une des portes du département du Jura.
Ce village est très ancien puisque des vestiges de constructions gallo-romaines y ont été trouvés et qu'en 1178, une bulle mentionne l'église de Sampans
comme bien du priéuré de Saint-Vivant en Amaous.
Cette maison forte, qui jusqu'alors appartenait aux Pétremand, seigneurs de Sampans, fut
vendue comme bien national à la Révolution à Me Ratez, notaire à Dole. Sa veuve la vendit à Paul-Eugène GARNIER DE FALLETANS,
pour en faire sa résidence d'été alors qu'il résidait encore à Besançon. Son beau-frère Maurice Le Bas de Girangy raconte : Plus tard
Eugène, qui avait des fonds à placer, fît l'acquisition de Sampans et ma soeur eut un "chez elle" mais outre que ce chez
elle était peu flatteur et peu agréable, composé qu'il était d'un amas confus de bâtiments tous en plus ou moins mauvais
état, une grande gêne s'en suivit. Le prix de l'acquisition excédait la somme dont Eugène avait à disposer. Au lieu de
revendre comme il en avait le projet, une partie des vignes, il ceda à la tentation de tout garder, et emprunta.
Vinrent les mauvaises récoltes, les réparations, les non valeurs, les privations. Mais un sacrifice pénible entre
tous fut celui demandé à ma soeur. En 1830, l'appartement au rez-de-chaussée de la maison que Melle Eugénie Garnier
possédait à Dole étant venu à vaquer, elle invita son frère à venir l'habiter. Indépendamment de considérations de
famille, il est certain qu'il y avait avantage manifeste à se rapprocher d'une propriété dont les revenus étaient
la portion la plus importante des ressources du propriétaire et qui demandait l'oeil du maître. Mais d'un autre côté
combien n'était-il pas pénible pour Adèle de quitter une ville [Besançon, ndrl], où elle était entourée de si bons
parents et de si agréables connaissances (...) Sampans, gros village où les pauvres étaient, et sont encore,
en assez grand nombre, offrait un large champ à l'exercice de la charité et des bonnes oeuvres ; notre excellente soeur
ne manqua pas aux devoirs qui en résultaient pour elle, et elle s'y fit bénir et respecter. Pour que rien ne manqua à
sa couronne, Dieu lui envoya encore de cruelles épreuves : l'accident éprouvé par sa fille Mélanie, la mort de Philippine,
celle de ses trois enfants dont les gouts et le caractère avaient plus de rapports avec les siens, ce mariage où un nom
et des manifestations de principe si retentissants ne tardèrent pas à démentir toutes les garanties et toutes les
espérances qu'il semblait offrir. Enfin une longue et douloureuse maladie l'enleva avant l'âge en janvier 1857.
Paul-Eugène tenait un livre de compte intitulé " Etat de ma fortune à l'époque de mon mariage 26 9bre 1817 " qu'il mettait à jour chaque 1er janvier, jusqu'en 1861, année précédent celle de son décès. Chaque année comporte deux pages : la fortune à gauche et les dettes à droite. Pour l'année 1826, nous lisons ceci à gauche : " Un domaine situé à Sampans que je viens d'acheter à Me Ratez dont j'entre en jouissance le premier janvier de cette année, rapportant d'une part deux cent quatre doubles décalitres de bled estimé à 3f le d. déca soit 612f, et d'autre part en argent 442f ; Simon Bougel payé pour loyer d'une maison 90f ; François Grazo, payé pour loyer d'une maison : 60f ; Philippe Delille, payé pour loyer d'une petite maison : 33f ; Claude François Recordoul, payé pour un quartier de maison : 60f ; La veuve Chapale, payé pour un quartier de maisons : 100f ; d'autre part la moitié des fruits de vigne d'environ 35 journaux y compris le clos de la maison de maitre et le tiers des fruits de vigne d'un journal, j'estime le tout rapporter annuellement 2.100f ". Sur la page de droite (dettes) nous lisons comme premier item : " Je dois à Me Ratz sur le prix de son domaine de Sampans qu'il m'a vendu par acte notarié le 16 novembre dernier, la somme de quarante-cinq mille francs terme premier janvier, intérêts de cinq pour cent. "
Sa fille, Eugénie, 3eme épouse d'Arsène O'MAHONY, y passa la fin de ses jours avec sa fille Marie. Simone O'MAHONY s'y installa à sa sortie
de couvent et y demeura jusqu'à sa mort en 1972. Ses nièces en héritèrent et vendirent la propriété dans les années 1981 au docteur Miny. Celui-ci défricha
le jardin
qui avait longtemps servi de basse cour, répara la toiture qui méritait de grands soins, et reprit l'aménagement intérieur. En 1995
il vendit à son tour la propriété à la famille
Foulquié, qui poursuit la restauration de façon remarquable.
Du point de vue féodal, Sampans était divisé en deux parties. L'une dépendait de la châtellenie de Dole et l'autre appartenait à la branche
de la maison de Dole dite de l'Hôpital. C'est cette dernière qui appartenait à M. Joseph Pétremand, dont l'épouse fut enterrée en 1737 dans
l'église du village.
Il est à noter que la sœur de ce Joseph Pétrémand avait épousé Pierre-Antoine Mayrot et se trouvait ainsi être la grande tante de Mélanie Garnier de Falletans (sœur de Paul-Eugène). Peut-être ce cousinage entre les Garnier de Falletans et les seigneurs de Sampans explique t-il l'achat de cette terre.
Lu sur le site http://www.sampans-patrimoine.fr :
« Le premier fief, dont le château du XVIIe siècle, situé au n°16, route de Dijon, a appartenu successivement depuis le XVIIIe siècle à Joseph Petremand, Antoine Ratez,
M. Garnier de Falletans et M. O'Mahony. La dernière occupante, Melle Simone, communément appelée la comtesse, décéda en 1972. » Son auteur, Jacky Tridard,
nous apprend qu'en 1896 la contenance du domaine représentait une superficie de 14 hectares. De même qu'il nous communique les éléments suivants tirés des recensements de
1866, 1876 et 1881, montrant qui habitait la maison et indiquant la domesticité présente :
Recensement de 1866
Maison n° 12 ménage n° 21
1. Marie Eugénie Garnier de Falletans, comtesse O'Mahony, veuve, rentière, chef de ménage, 43 ans.
2. Alphonsine O'Mahony, fille, 26 ans
3. Gabrielle O'Mahony, fille, 24 ans
4. Pernet Félicie, femme de service, 20 ans
5. Pécaud Emélie, 18 ans, cuisinière
6. Helle Auguste, 26 ans, domestique
7. Laelfe ? Virginie épouse Helle, 25 ans, domestique
Recensement de 1876
Maison n° 13, ménage n° 21
1. Marie Eugénie Garnier de Falletans, comtesse O'Mahony, veuve, rentière, 53 ans
2. Marie Eugénie Augustine Monique O 'Mahony sa fille, 25 ans
3. Athier Adrien, domestique, 27 ans
4. Tépinier Louise ?, domestique 24 ans
5. X ? Marguerite, domestique, 15 ans
Recensement de 1881
Maison n° 67, ménage n° 76
1. Marie Eugénie Garnier de Falletans, comtesse O'Mahony, veuve, rentière, 58 ans
2. Marie Eugénie Augustine Monique O'Mahony sa fille, 30 ans
3. Jean Pierre ODILLE, 70 ans, domestique
4. Marguerite GOBY, 16 ans, domestique
5. François GRAND, 15 ans, domestique
Les recensements suivants nous indiquent :
Recensement de 1896
Maison n° 109, ménage n° 123
1. Eugénie Garnier de Falletans, cultivateur, 72 ans, chef
2. Marie O'Mahony, 45 ans, cultivateur, enfant
3. Alexandre Choley, 46 ans, domestique de ferme, domestique
4. Stéphanie Suty, 36 ans, cuisinière, domestique
Recensement de 1901
Maison n° 34, ménage n° 41
1. Eugénie Garnier de Falletans, 77 ans, chef, rentière
2. Marie O'Mahony, 50 ans, fille
3. Alexandre Choley, 52 ans, domestique, domestique
4. Stéphanie Suty, 42 ans, femme, domestique
5. Jeanne Déjeux, 16 ans, domestique, domestique
Recensement de 1906
Maison n° 25, ménage n° 27
Eugénie est morte le 22 janvier à Dole
1. Marie O'Mahony, (née) 1871, (à) Sampans (non, à Lissieu), chef de maison, rentière
2. Jeanne Déjeux, 1885, Dole, domestique, domestique
3. Léon Terrier, 1874, Pannessières, domestique, domestique
4. Eugénie Jacques, 1877, Pannessières, femme du précédent, domestique
Recensement de 1911
Maison n° 25, ménage n° 27
1. Marie O'Mahony, (née) 1871, (à) Lissieu, Rhône, chef de maison, propriétaire rentière
2. Léon Terrier, 1874, Pannessières, domestique, jardinier
3. Eugénie Terrier, 1877, Pannessières, domestique, cuisinière
Recensement de 1921
Maison n° 25, ménage n° 27
1. Marie O'Mahony, (née) 1871, (à) Sampans (erreur : Lissieu), chef de ménage, propriétaire exploitante, patron
2. Claude Louis Bruthiaux, 1872, Champdôtre (Côte d'Or), domestique, ouvrier agricole
3. Marie Julie Bruthiaux, 1876, Champdôtre (Côte d'Or), domestique, cuisinière
Recensement de 1926
Marie O'Mahony est morte le 21 février 1922 à Dole
Maison n° 103, ménage n° 111 (une dépendance de la maison est louée aux Perrot ménage n°112)
1. Simone O'Mahony, (née) 1892, (à) Orléans, chef de ménage, S.P. (sans profession)
2. Marguerite de la Pommeraie, 1848, Orléans, cousine, S.P.
3. Marguerite Moulard, 1896, Orléans, domestique, domestique
Recensement de 1931
Maison n° 111, ménage n° 123
1. Simone O'Mahony, (née) 1892, (à) Orléans, chef de ménage, S.P.
2. Marguerite de la Pommeraye, 1846, Versailles, tante, S.P.
3. Charlotte Perrot, 1903, Frery, servante, domestique
4. Andrée Doussot, 1912, Chaudenay, servante, domestique
Recensement de 1936
Maison n° 111, ménage n° 123
1. Simone O'Mahony, (née) 1892, (à) Orléans, chef de ménage, Infirmière bénévole
2. Charlotte Perrot, 1903, Precy-sous-Thil, domestique, domestique
3. Germaine Sigu, 1921, Saint-Loup, domestique, domestique
Arsène O'Mahony avait été marié trois fois. Sa première épouse est enterrée au vieux cimetière de Versailles, sa deuxième épouse est enterrée avec lui à Lissieu,
près de Lyon, et sa troisième épouse à Sampans, dans le cimetière situé à quelques centaines de mètres de la maison. Dans ce cimetère se trouvent deux tombes :
- la première, à l'emplacement 122, fait l'objet de la concession perpétuelle n°16 accordée à Melle O'Mahony (Marie, soeur de Maurice) le 16 septembre 1919 pour y fonder la sépulture particulière de
Marie de La Follye de Lorcy, née à Besançon (25) le 5 juillet 1836, décédée à Franois (25) le 7 septembre 1919, épouse de Xavier O'Mahony, fils d'Arsène
O'Mahony et Augustine Pasquier de Franclieu, lui-même enterré au cimetière de Saint-Geoire-en Valdaine (Isère) où se trouve
le château des Franclieu. On pourrait s'étonner que la demoiselle de Lorcy soit enterrée à Sampans et non pas aux côtés de son
époux ... mais la raison probable est que la comtesse O'Mahony, chef de famille, vivant à Sampans, cette solution était la moins contraignante.
Dans cette tombe se trouve également
le corps de Marie Hélène Alphonsine O'Mahony, non mariée, fille d'Arsène O'Mahony et Augustine Pasquier de Franclieu,
née le 14 septembre 1840 à Fribourg, décédée
le 30 mai 1929 à Sampans, inhumée le 3 juin.
- la seconde à l'emplacement 119, fait l'objet de la concession perpétuelle n°13 accordée à Mme la comtesse O'Mahony le 1er juin 1899 pour y fonder la sépulture
des membres de sa famille :
"Le 1er juin 1899 a été concédée à perpétuité à
Madame la comtesse veuve O'Mahony sans profession domiciliée à Sampans, une superficie de deux mètres carrés de terrain dans le cimetière communal,
pour y fonder la sépulture des membres de sa famille". Un caveau y a été construit le long du mur côté gauche et une pierre tombale élevée. Dans cette tombe
reposent, Simone, fille de Maurice O'Mahony, Marie, soeur de ce dernier, avec leur mère, les parents de celle-ci
(Eugène Garnier de Falletans et Adèle Le Bas de Girangy), et les tantes Mélanie Garnier et de Marguerite de La Pommeraye.
Depuis que la propriété de Sampans a été vendue, les tombes ne sont plus entretenue et les incriptions n'y sont plus très lisibles ; nous possédons heureusement une photo de la tombe 119 prise dans les années 1960 par Patrice Bougrain-Dubourg, sur laquelle celles-ci sont encore bien nettes.
Dans cette tombe reposent :
- Madame Eugene Garnier de FALLETANS, née Adèle Xavière LE BAS de GIRANGY, décédée à Dole le 10 janvier 1857 dans sa 61eme année ;
- Monsieur Eugène Garnier de FALLETANS, Chevalier de Malte, décédé à Dole le 27 Juillet 1862 dans sa 78eme année ;
- Melle Mélanie Garnier de FALLETANS, décédée pieusement à Dole le 3 Novembre 1899 dans sa 75e année ;
- Marie Eugénie Garnier de Falletans, comtesse O'Mahony, morte pieusement à Dole le 22 janvier 1906, dans sa 83e année ;
- Melle Marie O'MAHONY, décédée pieusement à Dole le 21 Février 1922 dans sa 79e année ;
- Melle Marguerite Texier de la POMMERAYE, décédée pieusement à Sampans le 9 Octobre 1934 dans sa 89e année.
- Melle Simonne O'MAHONY, 3 juillet 1892 - 12 mars 1972.
L'oncle Bernard de Gastines appelle Ecole de Sampans l'ensemble des dessins, la plupart du temps non signés, parfois identifiés,
trouvés dans les cartons découverts à Sampans lors de la vente de la propriété. Il explique qu'au XIXè siècle, les jeunes filles de bonne famille voyaient
leur éducation complétée par le développement des dons artistiques tels que poésie, musique, dessin, peinture, archéologie etc., que celles qui étaient
douées cultivaient toute leur vie, animant ainsi les soirées familiales.
Ainsi Victoite Boquet de Courbouzon, qui épousa en 1791 Charles-Pierre Le Bas de Girangy, était-elle une excellente dessinatrice qui vendait par nécessité,
dit-on, quelques unes de ses oeuvres à Coblence (Coblentz) où elle avait suivi son mari en émigration. De retour en France,
sa fille Adèle, épousa Eugène Garnier de Falletans
en 1817, et ils s'installèrent à Sampans en 1825. Douée comme sa mère pour le dessin, et avec l'aide de celle-ci, elle rassembla des élèves qui avaient chacun
leur carton à dessin et composaient ainsi l'Ecole de Sampans : les Girangy, Guiseuil, Rotalier, La Pommeraye et plus tard les Falletans et O'Mahony, rivalisaient de talent.