Sir Thomas RANDOLPH
Diplomate anglais
Membre du Parlement (1558, 1559, 1572, 1584, 1586, 1589)
Chambellan de l'Echiquier (1572-1590)
Maître général des Postes d'Angleterre (1567-1590)
Fils d'Avery Randolph et Ann Gaynsfort, Thomas est né en 1523 à Badlesmere, dans le Kent, sous le règne d'Henry VIII, roi d'Angleterre et d'Irlande. Sa famille était protestante.
On lui connait un frère, James, qui servit dans les armées, en France et en Irlande (où il fut tué assez jeune).
Il entra à l'université de Christ Church d'Oxford au moment de sa fondation, et obtint son diplôme de Bachelor of arts en octobre 1545 et Bachelor of Civil Law en 1548.
Le roi Edouard VI (fils de Jeanne Seymour), âgé de 9 ans, avait succédé à son père l'année précédente (1547).
Peu de temps après, Randolph devint notaire, et en 1549, il fut nommé directeur du Broadgates Hall (aujourd'hui Pembroke College) à Oxford.
Le 6 juillet 1553, Edouard VI mourut, âgé de 15 ans. Sa demi-sœur Marie Tudor (fille de Catherine d'Aragon) lui succède. Catholique fervente, elle était déterminée à écraser la foi protestante.
Les
persécutions obligèrent Randolph à démissionner et à fuir en France. Dans les Mémoires (Memoirs of his own life) que le diplomate écossais Sir James Melvil (Melville) écrivit après s'être retiré de la vie publique en 1603, l'auteur
se réfère à la dette que Randolph avait contracté envers lui "pendant son bannissement en France"
(le British museum conserve une lettre manuscrite de Melville à Randolph (Lansdowne collection of manuscripts) écrite en 1572).
Randolph semble avoir résidé principalement à Paris, où il poursuivait toujours des études en avril 1557 comme nous l'apprend une lettre
de Nicholas Wotton, ambassadeur d'Angleterre en France.
C'est probablement pendant son séjour à Paris qu'il tomba sous l'influence de George Buchanan, à qui, dans une lettre à Peter Young, tuteur de James VI d'Ecosse, il se réfère en termes
très élogieux à son «maître». Sir William Kirkcaldy de Grange faisait également partie de ses camarades et amis à Paris.
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Georges Buchanan (1506-1582)
humaniste, historien, poète latinisant et dramaturge écossais.
enseigna plusieurs années à Bordeaux et à Paris
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William Kirkaldy de Grange
politicien et militaire écossais
combattit pour la Réforme et fut pendu en 1573
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De retour en Angleterre, on le retrouve en 1558 MP (Membre de Parlement) pour Saint-Ives (Cornouailles) et New-Romney (Kent), un des "Cinq-Ports". Pour Saint-Ives, il avait été parrainé par Francis Russel,
2e comte de Bedford, lord lieutenant pour le Sud-ouest,
dont il était proche (il fut témoin de son testament).
Pour New-Romney, on pense que Bedford s'arrangea également pour trouver un parrain à Randolph, probablement son associé Thomas Cheyne,
gardien des Cinq-Ports (warden of the Cinque Ports) et qui plus est, un ami du père de Randolph, auquel il légua 10 livres par son testament (il est mort le 31 décembre 1558).
La reine Marie mourut le 17 novembre 1558 et sa demi-sœur Elizabeth (fille d'Anne Boleyn) lui succéda. Elle était protestante et une de ses premières décisions fut de
restaurer l'autorité de l'Eglise anglicane. Elle s'entoura d'un groupe de conseillers de confiance mené par William Cecil pour définir sa politique.
En septembre 1558 Wotton retourna en France pour négocier la paix de Cateau-Cambrésis et, sur sa recommandation, Randolph fut employé comme agent du gouvernement anglais en "Germanie".
En décembre 1558, il écrivait de Strasbourg pour dire à Nicholas Trockmorton (plus tard ambassadeur en France et chancelier de l'Echiquier) qu'il revenait en Angleterre avec
Thomas Wroth et Anthony Cooke. Trockmorton suggéra à la reine Elizabeth de prendre Randolph comme secrétaire du Conseil privé ... mais elle avait d'autres plans pour lui !
Quelques mois plus tard, il rentre en Angleterre; et, probablement peu de temps après, il achete une ferme dans le Kent - "la maison où il est né".
Sans doute, sa connaissance des protestants écossais à Paris suggéra-t-elle à Elizabeth le recrutement de Randolph dans le but d'amener le comte d'Arran,
de Genève en Angleterre.
Sous l'impulsion de son ami Sir William Cecil, Randolph siégea au parlement de 1559 pour Grantham (Lincolnshire).
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Sir Francis Russell, 2e comte de Bedford
Chevalier de la Jarretière
MP pour le Buckinghamshire (1545-1552) puis à la chambre des Lords
Conseiller de la reine, ambassadeur, gardien des Marches de l'Est
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Sir William Cecil, baron Burghley (1520-1598)
Chevalier de la Jarretière
Secrétaire d'Etat (1558-1572), Lord Trésorier (1572-1598)
MP pour le Lincolnshire (1555 et 1559) et le Northamptonshire (1563)
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Ambassade en Ecosse
A cette époque, le souverain d'Ecosse est Marie Stuart, reine d'Ecosse (1542-1567) et de France (1559-1560). Elle n'avait que six jours à la mort de son père et la gestion du royaume
fut assurée par James Hamilton, 2e comte d'Arran et duc de Châtellerault, régent de 1542 à 1554, puis par Marie de Guise, sa mère, régente de 1554 à 1560. Reine catholique dans un pays protestant elle est traitée avec défiance.
Héritière présomptive du royaume d'Angleterre, elle est vue comme une menace par la reine Elizabeth qui la fit emprisonner (pendant 18 ans) puis décapiter le 8 février 1587.
C'est sous le nom de Barnabie et utilisant le nom de code Pamphilus, que Randolph fut envoyé à l'automne 1559 pour conduire secrètement en Écosse James Hamilton, 3ème comte d'Arran,
situé en deuxième position pour la succession au trône d'Écosse. Contraint de fuir la France, le fils aîné du duc de Châtellerault, 2e comte d'Arran, régent d'Ecosse,
revenait combattre aux côtés de son père qui avait rallié les
Lords de la Congrégation opposés à Marie de Guise.
Randolph revint à Londres le 25 novembre, mais fut de nouveau envoyé en Écosse en mars 1560, où ses démarches eurent une influence considérable en encourageant les protestants
contre Marie de Guise, reine régente, et en concluant un accord entre eux et la reine Élisabeth. Le succès de sa mission le fit rester en Ecosse comme agent secret d'Elizabeth ; mais
étant un protestant ardent, il fut surtout le représentant de William Cecil, secrétaire d'État d'Elizabeth. Bien que Randolph ne soit pas aussi fin diplomate que
Maitland of Lethington, ambassadeur de la reine d'écosse à la cour de la reine Elizabeth, le fait qu'il possède la confiance du parti protestant lui permit d'exercer
une influence importante sur la politique écossaise. Ses nombreuses
lettres comptent parmi les sources d'informations les plus précieuses de cette période ; elles regorgent de détails intéressants sur la reine d'Écosse et sa cour, ainsi que sur les
intrigues politiques et sociales.
En août 1562 Marie Stuart, reine d'Écosse,
alla visiter le nord-est du pays, accompagnée de Randolph pour lequel elle avait noué une profonde amitié.
George Gordon, 4e comte de Huntly, mécontent de ne pas s'être vu donner le comté de Mornay, s'était alors retiré sur les terres qu'il possédait dans cette région, et refusa de se présenter devant la reine.
Suite à divers autres incidents, il fut déclaré hors-la-loi. Il se dirigea alors vers Aberdeen à la tête de près d'un milliers d'hommes. Il fut vaincu et capturé à
la bataille de Corrichie (28 octobre) et mourut peu après. Randolph écrivit qu'il avait pris part à la campagne, "ayant honte de rester assis là où
tant de gens étaient occupés".
Le 10 juin 1563, Randolph écrivit au comte de Rutland. Sa lettre contient un intéressant compte rendu de l'ouverture du Parlement d'Edimbourg. Il raconte notamment comment le
corps du comte de Huntly fut apporté, dans sa bière, devant le parlement, dressé sur ses pieds comme s'il eût été vivant, et condamné pour crime de haute trahison.
Divers autres sujets sont abordés dans cette lettre. Parlant des quatre demoiselles d'honneur de la reine, l'ambassadeur écrivain dit qu'on ne vit jamais de plus merveilleuses
beautés. Il parle également des relations entre les deux reines à une époque où leur inimitié n'était pas encore déclarée, disant qu'elles entretenaient leur familiarité "par un commerce de
lettres écrites de leurs propres mains sur des grandes feuilles,
par de continuels messages et autres choses pareilles". Il exprime l'espoir qu'elles vivront comme deux bonnes sœurs et amies ... ce en quoi il se trompait !
En 1563, il obtint l'autorisation de revenir en Angleterre pour des affaires privées, mais le 20 avril, il fut de nouveau envoyé en Écosse pour négocier le mariage
de la reine Marie Stuart avec Lord Robert Dudley, favori de la reine Elizabeth. Marie songeait, en effet, à se remarier, pour se replacer au rang que lui avait fait perdre
la mort de son mari, le roi de France François II, en 1560. Pendant qu'elle négociait avec le roi d'Espagne, le roi de Suède, le roi de France, etc., Elizabeth voulut marier
"sa bonne sœur" à un noble anglais du nom de Robert Dudley, auquel elle donna le comté de Leicester (1664) pour le rendre plus acceptable pour Mary.
Celle-ci se déclarait prête à épouser le candidat de sa cousine, s'il lui apportait en dot la reconnaissance formelle de ses droits à la succession d'Angleterre.
Par ce mariage avec un protestant, Elizabeth pensait neutraliser Mary. L'ambassadeur
Randolph fit de son mieux pour faire avancer le projet,
et on conserve de nombreux courriers de William Cecil lui donnant des instructions.
Au début de 1565, Marie accepte enfin la proposition. À l'étonnement de Randolph, cependant,
Leicester ne devait donner suite à la proposition :
Mais un homme de cette nature, je n'en ai jamais trouvé ... celui que je m'efforce de rendre aussi
heureux que jamais, de le mettre en possession d'un royaume, de le rendre prince d'un peuple puissant, de coucher dans ses bras nus une dame très belle et digne. rien ne
concerne le bien qui lui sera destiné par la suite. mais la transaction est si incertaine que je ne sais pas où le trouver.
C'est alors que l'idée du mariage avec son cousin germain Henri Stuart, lord Darnley, meneur catholique, commença à trouver faveur dans l'esprit de Mary.
Son secrétaire d'Etat, le piémontais David Rizzio, mena habilement l'affaire et le mariage fut célébré le 29 juillet 1565. Mais l'époux réclama très vite la "couronne matrimoniale",
c'est à dire tous les pouvoirs d'un roi. Mary, toute amoureuse qu'elle était, ne l'entendait pas ainsi. C'est alors que Darnley entra en négociation avec ceux-là même qui avaient
fait la plus vive opposition à son mariage. On arrêta le plan d'un coup d'Etat dont la principale victime devait être Rizzio.
C'est le soir du 9 mars 1566 que les conjurés firent irruption dans la chambre où la reine soupait avec son mari et quelques familiers, au nombre desquels Rizzio, qui fut massacré
sur place. Le coup d'Etat échoua néanmoins ...
Randolph, qui, à son grand "chagrin", n'avait pas pu empêcher le mariage de Mary à Lord Darnley, refusa de reconnaître l'autorité du mari. Le 14 février 1566, il
écrivit au comte de Leicester qu'il ne pouvait ni ne voulait exprimer par écrit son opinion sur les actions de Mary, de peur de paraître "malheureux et trompeur."
Mais Mary l'accusa d'avoir aidé ses sujets rebelles avec un don de trois mille écus et d'avoir écrit un livre à charge contre elle, appelé «M. Randolph's Phantasy».
Ceci est certainement vrai car, comme le dit Lavisse, "sous le nom d'ambassadeur, Thomas Randolph, le représentant d'Elisabeth, jouait le rôle d'espion, servait de centre à toutes les intrigues,
soudoyait et encourageait l'insubordination (
Histoire générale du IVe siècle à nos jours. Les Guerres de religion. 1559-1648, 1893, tome V).
Il fut contraint de quitter le pays dans un délai de six jours et se retira alors à Berwick-Upon-Tweed, dans le Northumberland.
Il écrivit une très longue lettre
datée de Berwick le 27 mars 1566 et destinée au Conseil Privé d'Angleterre, dans laquelle il rend compte du meurtre de David Rizzio.
Peu après son retour en Angleterre, il fut nommé "Master of the King's Post" (Maître des Postes, qui devint plus tard "Postmaster General of England") et le 2 novembre 1567
il reçut les charges de "steward" (intendant) des seigneuries de Middleton et de Merden, dans le Kent, et celle de connétable du château de Queenborough sur l'île de Sheppey (Kent).
Ambassade en Russie
En juin 1568, il fut envoyé dans une ambassade spéciale en Russie pour, officiellement, y établir une entente commerciale avec Ivan le Terrible au nom des marchands anglais qui commercaient
dans ce pays. Mais en fait il s'agissait de répondre à un projet de traité secret proposé par Yvan par l'intermédiaire de l'ambassadeur Jenkinson.
La reine préferait confier le soin d'apporter une réponse à un agent qui n'ait jamais reçu les compromettantes confidences du tsar faites à Jenkinson.
Karamzin raconte que "Randolph resta quatre mois à Moscou sans voir le tsar, alors indisposé contre les marchands anglais. Enfin il ordonna à Randolph de paraître en sa présence, mais il ne
lui fit pas donner de chevaux. La suite de l'ambassadeur fut obligée de se rendre à pied
au palais, où aucun des officiers du tsar ne salua le représentant d'Elizabeth. Le fier Anglais, offensé de cette injure, se couvrit sur-le-champ. A cet acte de vigueur, on s'attendait
à voir éclater le courroux du tasr ; il accueillit au contraire Randolph avec bonté, l'assura de l'amitié qu'il portait à sa chère sœur Elizabeth, et rendit ses bonnes
grâces aux marchands anglais (
Histoire de l'Empire de Russie, tome 9, 1819). Randolph rapporte que, peu après l'avoir reçu en audience publique, Ivan le fit convoquer un soir à une entrevue
secrète et tous deux conversèrent librement des questions politiques et commerciales jusqu'à une heure avancée de la nuit.
Quand plus tard (mars 1572), Jenkinson fut reçu par le tsar, il précisa dans sa harangue : "Thomas Randolph fut peu de temps après désigné par Sa Majesté pour te porter sa réponse. La sagesse et la fidélité éprouvées de cet ambassadeur lui valurent l'honneur d'être envoyé auprès d'un aussi puissant prince. Thomas Randolph avait reçu les pouvoirs nécessaires pour traiter
non-seulement les affaires des marchands, mais aussi les affaires princières et secrètes que tu m'avais confiées".
Dans son ambassade, Randolph était accompagné de quarante presonnes environ, et de son secrétaire le poète George Tuberville qui profita de ses loisirs pour
écrire les
Poèmes décrivant les lieux et les mours du pays et gens de la Russie.
Il revint de Russie à l'automne de 1569.
On peut lire un très intéressant récit de cette ambassade dans
Les marins du XVe et du XVIe siècle. Tome 2 par le vice-amiral Jurien de La Gravière, 1879, pp 257-277 (
voir ici).
Ivan IV Vassilievitc, dit Yvan le Terrible
Premier tsar de Russie (1547-1584)
Portrait tiré du "Great State Book" (1672)
Ambassade en Ecosse
La reine l'envoya à nouveau en Ecosse, début 1570. Le régent avait été assassiné le 20 janvier et une Assemblée devait se tenir à Edimbourg pour "créer un vice-roi."
Randolph fut introduit dans l'Assemblée pour, au nom de la reine, "se plaindre
des courses des séditieux d'Ecosse (qui pillaient les côtes d'Angleterre) et témoigner sa bonne volonté envers ce royaume voisin." Il y resta un an.
Mariages
Vers 1572 il épousa en secondes noces Ursula Coppinger (ou Copinger), fille d'Henry, lord du manoir de Buxhall (Kent). De cette union sont issus plusieurs enfants, dont Frances, épouse de Thomas Fitzgerald, née le 19 novembre 1576.
Dans une lettre du 6 août 1572, son ami George Buchanan le taquinait à propos de ce second mariage :
"Si vous aviez été dans votre esprit, une fois que vous avez échappé aux tempêtes orageuses et au naufrage du mariage, vous ne seriez plus jamais entré dans les mêmes dangers,
car je ne peux pas vous prendre pour un philosophe stoïcien, ayant une tête inexpugnable (à ne pas être capturée) avec les tortures frénétiques de la jalousie, ou un
cœur insouciant qui considère le cocufiage comme une chose indifférente."
Thomas était alors veuf d'Anne, fille de Thomas Walsingham de Chiselhurst, riche avocat londonien, et Joyce Denny, dont il eut un fils et une filles, tous deux morts enfants.
Sa première femme était, écrivait-il à William Cecil, baron Burghley, alors Lord Trésorier d'Angleterre, auquel il demandait de lui prévoir une provision plus élevée, "plus riche de vertues
que de biens".
Il était devenu par ce mariage, le cousin de
Francis Walsingham, secrétaire d'Etat de la reine Elizabeth et son "Spymaster" (chef du service secret), avec lequel il travaillait régulièrement.
On peut penser que le premier mariage eut lieu
en 1567, année où il fut fait Maître des Postes et reçut plusieurs autres charges.
Et c'est sans doute à l'occasion de son second mariage qu'il fut nommé à vie, le 14 mai 1572. "Chamberlain of the Receipt of the Exchequer" (Chambellan de l'Echiquier). Il travailla
ainsi jusqu'à sa mort pour
les
chanceliers Walter Mildmay jusqu'en 1589 puis John Fortescue.
En 1572 toujours, Randolph rendit compte à la reine de sa charge de maître des postes pendant les cinq dernières années, et dans le détail qu'il donne, aucune poste n'est mentionnée sans un qualificatif
l'identifiant avec un service royal : poste journalière de Sa Majesté, poste pour le service et les affaires de Sa Majesté, poste pour le temps de voyage de Sa Majesté, poste pour porter les lettres de Sa Majesté et celles de son conseil, etc.
Sir Francis Walsingham (1532-1590)
cousin de Thomas du fait de son premier mariage
Ambassades en France
Le duc d'Anjou, frère du roi de France Charles IX, appelé au trône de Pologne, se mit en route fin octobre 1573 pour prendre possession de son royaume.
Il était accompagné de Catherine de Médicis, sa mère, et toute la cour, dont le duc d'Alençon, dernier fils de Catherine.
"Toute cette bande joyeuse" arriva à Nancy le 15 novembre et y resta jusqu'au 28. Il y fut question d'un projet de mariage entre Elizabeth et le jeune duc d'Alençon. Mais comme le bruit avait couru que le duc était resté marqué de la petite vérole,
Randolph devait s'assurer à Nancy de ce qu'il en était. Il avait en même temps mission d'arracher à la France quelques privilèges commerciaux.
Il accomplit avec succès sa double tâche. Les négociations pour un traité de commerce entrèrent en bonne voie et Randolph rapporta à Londres, scellé dans un étui, un portrait
"sans rien de flatté"
fourni par le roi Charles IX (sans doute le portrait par Clouet).
Cette fois, la reine Élisabeth fut satisfaite et se déclara prête à épouser le duc d'Alençon.
Elle remercia
l'ambassadeur de France (de La Mothe-Fénelon), de l'excellent accueil fait à Nancy à son représentant (correspondance de Fénelon, lettres des 22, 27 et 31 décembre 1573).
Néanmoins, les tractations furent suspendues pendant trois ans et ne reprirent qu'en janvier 1576.
C'est dans ce contexte que Nicholas Hilliard, le plus grand miniaturiste anglais du XVIe siècle, vint en France vers la fin de 1576 et exécuta un autre portrait sur la
recommandation de la reine qui aimait posséder le portrait de ses prétendants. Catherine de Médicis étant opposée à ce mariage fit tout pour qu'il n'aboutisse pas et
le duc resta le prétendant de la reine jusqu'à sa mort le 10 juin 1584, âgé de 29 ans.
En avril 1576, Randolph fut encore envoyé en mission spéciale en France.
Le duc d'Alençon par Hilliard
il fut le prétendant de la reine Elizabeth de 1572 à sa mort en 1584.
Ambassades en Ecosse
Randolph fut de nouveau envoyé en Écosse en février 1578. Le roi des écossais était alors Jacques Stuart, en faveur duquel la reine Mary, sa mère, avait été
contrainte d'abdiquer en 1567. Jusqu'à sa majorité, en juin 1578, plusieurs régents se succédèrent. Le dernier d'entre eux, James Douglas, 4ème comte de Morton
et régent d'Ecosse depuis 6 ans,
tomba en disgrâce après le retour en Écosse d'Esmé Stuart, seigneur d'Aubigny, un cousin de Lord Darnley, qui devint rapidement le favori du jeune roi.
Mais Randolph arrive trop tard pour empêcher la destitution du régent.
Deux ans plus tard, 1580, Morton fut accusé de complicité dans le meurtre de Darnley (roi consort) en 1567, et emprisonné. La reine envoya Randolph en Ecosse pour intercéder en sa faveur.
Non seulement il s'aquitta de cette mission mais il persuada également les comtes d'Argyle, de Montrose, d'Angus, de Mar et de Gencairn de s'allier pour protéger, même par les armes,
la vie du prisonnier.
Lors d'une assemblée des Etats tenue le 20 février 1581,
outre le dépôt d'un document déclarant "l'intention de la reine et ses offres au roi d'Ecosse", il dénonça dans un discours de deux heures,
Esme Stuart, duc de Lennox, successeur de Morton à la régence, en tant qu'agent de Rome. Toutefois, son intervention audacieuse n'a en fait que contribué
à sceller le destin de Morton qui fut exécuté le 2 juin.
N'ayant pas réussi à contrecarrer les objectifs de Lennox par une accusation publique, il tenta ensuite, avec l'accord d'Elizabeth, de concocter un complot en vue
de capturer Lennox et le jeune roi. Mais, le complot ayant été éventé, il dût s'enfuir à Berwick. Il échappa de peu à la mort après avoir reçu un coup de feu tiré dans
la pièce qu'il occupait dans la maison du prévôt à Édimbourg.
Randolph fut envoyé pour une dernière mission en Écosse en janvier 1586 avec des instructions pour
la négociation d'un traité entre les deux royaumes, auquel il réussit à obtenir la signature de James VI.
Francis Walshingham le jugeait ainsi : "Le chevalier Thomas Randolph agissait en Ecosse avec le même soin qu'en France. Il commença par faire paraître beaucoup de résolution, et joua ensuite de tête dans sa négociation. D'un côté il animait Morton, et de l'autre il amusait Lennox.
Pendant qu'il ménageait le jeune roi, il négociait avec Marre et Angus. A la vérité, il n'était pas du goût du jeune et sage roi Jacques, mais il connaissait parfaitement bien
le génie des écossais, et ménageait les affaires du Nord avec beaucoup de prudence, aussi clairvoyant dans les intérêts de ces pays-là, qu'heureux dans les
négociations qu'il y fit, témoin la première ligue de 1586 qui fut si avantageuse". Et encore : "Le chevalier Thomas Randolph était si vigilant qu'il donna avis en un même jour à l'agent d'Angleterre en Ecosse qu'on avait dessein d'enlever le jeune roi et de déposer le régent. Il avertit Elizabeth du mariage de l'oncle du roi d'Ecoesse et de la fille de la comtesse de Shrewsbury,
et donna au comte de Huntington qui était alors gouverneur du Nord, des instructions secrètes sur une affaire qui sauva les côtes du Nord".
Sir James Douglas, comte de Morton
Randolph ne réussit pas à empêcher son exécution le 2 juin 1581
Randolph siégea aux parlements de 1584, 1586 et 1589 pour Maidstone
et mourut le 8 juin 1590, âgé de 67 ans, dans sa maison de Saint Peter's Hill à Londres. Il fut enterré dans l'église de Saint Peter's, Paul's Wharf, église détruite lors du grand
incendie de 1666.
Il avait été adoubé chevalier en 1571 selon Wood. On ne possède malheureusement pas de portrait de lui.
Il avait eu plusieurs enfants de son second mariage :
- Thomas, l'aîné, qui succéda à son père ;
- Ambrose, mort en 1660, eut un emploi à l'Echiquier, mais il n'est pas précisé lequel. Dans The private correspondance of Lady Cornwallis 1613-1644, se trouvent de nombreuses lettres de lui et de sa femme Dorothée.
- Robert, dont on ignore tout ;
- Frances, née le 19 novembre 1576, épousa Thomas Fitzgerald et fut mère du 16e comte de Kildare ; ils sont les ancêtres des comtes O'Mahony en France ;
- Ursula, dont on ne sait rien ;
- Elizabeth qui épousa secrètement son cousin Francis Coppinger, mariage que le puissant William Brooke, baron Gobham, grand-père de l'époux, réussit à faire annuler. Francis épousa alors Marie de Burgh. On ignore ce que devint Elizabeth.
Voir leur histoire ici.
Lettre d'Ursula Randolph, née Coppinger
Outragée par la mariage secret de sa fille Elizabeth, elle écrit à Lord Gobham qui était son "patron" (protecteur), l'implorant d'accepeter ses excuses et de continuer à la soutenir.
Voir sur ce site la transcrpition de cette lettre ainsi que d'autres documents sur cette affaire.
William Brooke, 10e baron Cobham (à droite), chevalier de la Jarretière, alors Lord chamberlain (chambellan), était membre du Conseil privé depuis 10 ans.
Lien de Parenté
Thomas RANDOLPH
¦
Frances RANDOLPH
¦
Elizabeth FITZGERALD
¦
Elizabeth CROSBIE
¦
Anna FITZGERALD
¦
Helena HOLLES
¦
Barthélemy O'MAHONY