Séraphin DE MAUROY
(1599-1668)
Intendant contrôleur général des finances de 1640 à 1658
seigneur de Saint-Ouen (1640-1664), des Barres et de Château-Renaud, baron de Germigny en Touraine
seigneur de La Tobaize et de Boullier en Bourgogne, etc.
Chevalier de Saint-Michel
Membre de la Compagnie du Saint-Sacrement fondée en 1630
Portrait de Séraphin de Mauroy, gravure de Jacques Humbelot
Fils de Séraphin Mauroy, premier huissier et garde des meubles du Roi de 1612 à 1632, secrétaire du Roi en 1637, mort en 1640, et de Radegonde Hardou, morte
en 1669. Ils sont enterrés à Saint-Eustache où leur épitaphe est gravée sur une tombe plate de pierre, sans aucun ornement, devant la chapelle de l'Assomption, pilier 3 (Epitaphier du vieux Paris).
D.O.M.
ICY REPOSENT SERAPHIN DE
MAUROY, ECUYER, CONSEILLER SECRE
TAIRE DU ROY, MAISON COURONNE
DE FRANCE ET DE SES FINANCES, DECEDE
LE ...JOUR DE ... 1640
ET DE DAME RADEGONDE
HARDOU, SON EPOUSE,
QUI TRESPASSA LE ...NOVEMBRE
1669.
C'est le cousin issu de germain de Savinien de Cyrano
qui inspira à Edmond Rostand sa "comédie héroïque" de Cyrano de Bergerac,
et, grâce à Éphémérides ou biographie sommaire de Savinien de Cyrano de Bergerac (Les dossiers du Grihl, Groupe de Recherches Interdisciplinaires sur l'Histoire du Littéraire)
nous savons qu'il a été baptisé le 28 janvier 1599 en l'église de Saint-Jean-en-Grève à Paris.
Savinien Cyrano de Bergerac, poète (1620-1655)
par Le Doyen
Il débuta comme premier commis de François Sublet des Noyers, intendant des Finances puis secrétaire d'état, et
acheta une charge de Grand-Maître des Eaux et Forêts de Bourgogne en 1627 (Lettres de Provisions : Archives de la Côte-d'Or Registre B. 12097 fol 35).
Dans un acte du 21 juillet 1637, il est ainsi qualifié "grand Maître des Eaux et Forêts en Bourgogne et commis de Monsieur de Noyers, secrétaire d'Etat" et dans plusieurs marchés d'armes
de l'année 1640, il est qualifié "conseiller du Roi, grand maître des eaux et forêts en Bourgogne, ayant charge de Mgr des Noyers, secrétaire d'Etat" .
Par acte du 15 septembre 1635, Séraphin Mauroy, "conseiller du Roi, grand maître des eaux et forêts au duché de Bourgogne" et Anne Fremyn,
sa femme, demeurant à Paris faubourg Saint-Honoré, échangent une maison rue de la Grande Truanderie contre une petite maison cour, étable etc. au faubourg Saint-Honoré,
et font un bail à Nicolas Le Tellier, maître boulanger, de cette petite maison.
Il est toujours qualifié "grand Maître des Eaux et Forêts en Bourgogne
et commis de Monsieur de Noyers, secrétaire d'Etat" en 1637, dans des devis et factures concernant des travaux ou achats de bâtiments.
On dit que le nom de Mauroy fut sauvé de l'oubli à cause de ses liens avec Poussin : à partir du 13 septembre 1638, et jusqu'au 20 octobre 1645, des Noyers exerce également la charge de surintendant des Bâtiments de France, et en
cette qualité, il entreprend des travaux de rénovation et d'embellissement de plusieurs maisons royales, notamment le Louvre et Fontainebleau,
il crée l'Imprimerie royale, installée au Louvre au 1639, et apporte son soutien aux "Intelligents", intellectuels promoteurs du classicisme dans les arts.
En tant que son commis, Mauroy fut en relation professionnelle avec les artistes du temps auxquels il commanda plusieurs œuvres.
représentés dans sa collection,
d'ailleurs limitée à une demi douzaine de peintures rassemblés dans son hôtel de la rue Saint-Honoré.
Un inventaire de 1647, mentionne la Sainte famille avec sainte Elisabeth et le petit saint-Jean de Vouet
et une Descente de Croix de Poussin. Poussin peignit pour lui en 1650 une "Nativité" (Dans une lettre du 13 mars l'artiste remarque : Pour Monsieur de Maroi et de ce qu'il
désire que j'observe au tableau de la Nativité qu'il veut que je lui fasse, il n'y a nulle difficulté. La résolution qu'il a faite d'attendre me plaît sur toutes choses.) et en 1653 une "Adoration des Bergers" et "une Adoration des Mages" qui semble perdue.
Plus tard (avant 1656) modifiant sa collection, Mauroy acquit d'autres Poussin et se sépara de son Vouet.
Il possède alors une peinture d'après Raphaël sur le même thème ainsi que l'Assomption de la Vierge, aujourd'hui au Louvre, peint par Poussin en 1650 pour
l'ambassadeur de France et dont Jean Pesne fit une gravure au burin
qu'il dédicaça à Séraphin Mauroy (sur ses relations avec Poussin, lire "Séraphin de Mauroy : un commanditaire dévôt" d'Alain Mérot).
Parmi les proches de "Monsieur de Mauroy,
commis de Monseigneur du Noyer, secrétaire d'Etat", se trouve également André Le Nôtre, plus tard premier jardinier du Roi, au mariage duquel, le 16 janvier 1640 , il est témoin.
Compte tenu de l'étroitesse des liens entre les
deux hommes,
Le Nôtre aura eu l'occasion de rencontrer le peintre Poussin lors de son séjour à Paris (1641-1643) pour prendre la place de premier peintre du Roi et orner la Grande Galerie du Louvre, séjour dont Mauroy était en charge.
Durant ce séjour, Mauroy servait d'intermédiaire entre Sublet de Noyers, Le Nôtre et d'autres commanditaires français.
Détail de la gravure de Pesne montrant la dédicace à Mauroy
la toile de Poussin est conservée au Louvre.
De nombreux documents conservés aux Archives nationales pour plusieurs marchés d'armes de l'année 1640 montrent que Séraphin Mauroy s'en occupait activement,
avec la qualification de "conseiller du Roi, Grand Maître des Eaux et Forêts de France en Bourgogne, ayant charge de Mgr des Noyers, acceptant pour le Roi ..."
En cette même année 1640 Benjamin Ferron, Grand aumônier de l'abbaye de Saint-Denis échange avec Séraphin Mauroy la seigneurie de Saint-Ouen contre des
terres situées proche de Saint-Denis.
Le nouveau seigneur achetera un an après (2 décembre 1641) l'hôtel et la ferme de Saint-Ouen, consistant en 24 arpents de terre, pour 8 684 livres , et en 1642, il fondera au village
deux foires annuelles, fera paver les rues, et l'église sera reconstruire en grande partie grâce à lui (il fit faire le portail et l'aile qui est du côté du midi). Il revendra la seigneurie en 1664 à Seiglières de Boisfranc, chancelier de Monsieur.
François Sublet des Noyers
Intendant des Finances (1629-1636)
Secrétaire d'Etat de la Guerre (1636-1643)
Quand des Noyers
fut nommé secrétaire d'Etat, il ne fut pas remplaçé à l'Intendance, qui tourna alors avec seulement trois intendants.
Mais trois jours après le décès du surintendant des Finances Claude de Bullion, le 23 décembre 1640, son collègue Claude Bourthillier fit nommer
un quatrième intendant-contrôleur général des finances en la personne de "Séraphin de Mauroy, ci-devant commis de Sublet de Noyer". On pouvait lire que
le sieur de Mauroy ayant donné de longue main des preuves de son intégrité et capacité dans le maniement des finances,
a été pourvu de la charge d'Intendant et contrôleur général d'icelles, par le Roi, en remplacement du sieur des Noyers, secrétaire d'Etat. Il
exercera cette charge durant 18 ans.
Jeton (1641) de Séraphin de Mauroy (d'après le catalogue de http://www.cgbfr.com)
Sur le revers, ses armes lambrequinées et l'inscription :
M(ESSI)RE SERAPH(IN) DE MAUROY C(ONSEILL)ER ORD(INAI)RE D(U) R(OI) EN SES C(ONS)EILS INT(ENDANT) D(ES) FIN(ANCES)
Il cumulera cette fonction avec d'autres charges et emplois :
conseiller secrétaire du Roi de 1643 à 1660, secrétaire d'ambassade à Rome de 1650 à 1652, maître d'hôtel ordinaire du Roi de 1656 à 1659, etc.
Le 14 septembre 1642 à Paris, "Messire Séraphin de Mauroy, seigneur de Sainctouin, conseiller du Roy en ses conseils, intendant et controlleur général des finances de Sa Majesté, cousin issu de germain paternel"
assiste au mariage de Marie de Cyrano.
Le cardinal de Richelieu déceda le 4 décembre 1642. Sublet des Noyers, en était le principal collaborateur et son commis,
Séraphin de Mauroy, est nommé parmi les hauts dignitaires qui assistèrent à ses obsèques.
Séraphin, "collectionneur et dévot", avait travaillé au Palais-Cardinal et à la Sorbonne, principalement dans les transactions immobilières.
Il était par ailleurs l'un des principaux banquiers du cardinal, qui tenait toujours chez lui une somme de 150 000 livres (ce montant varie selon les auteurs !),
pour les besoins pressants de l'Etat
et les
affaires qui ne peuvent souffrir les lenteurs des formes ordinaires. A sa mort cette somme sera restituée au Roi.
Suite au réglement du 16 juin 1644, fut définie la répartition entre les quatre intendants des provinces et fermes d'une part et les matières relevant spécifiquement d'un seul. Séraphin Mauroy
recevait cinq grosses fermes de Picardie, Domaine de Calais, Domaine Chasteauregnault, Gabelles et fermes des Trois-Evêchés, et par ailleurs les
bâtiments du Roi, les monnaies, les bois et les chambres des comptes.
Le nombre des intendants a varié selon les temps :
en 1643 il y en avait 4 (dont Mauroy), en 1649 quatre nouveaux offices furent créés et quatre encore en 1654. Par une déclaration royale du 5 octobre 1658, le Roi réduisait le nombre de douze intendants de ses finances
au nombre ancien de quatre seulement qui seront les
sieurs de Mauroy, Le Tillier, Bordier et Bordeaux et révoquait les commissions des huit autres. Les huit intendants révoqués seraient remboursés chacun de 200 000 livres
et, en attendant qu'aient été rassemblés les fonds correspondants, les quatre intendants conservés feraient chacun au Roi un prêt de 400 000 livres à
7,15%. Mauroy
se déclara hors d'état de faire cette avance et préfera donner sa démission en faveur de Marin, ce qui fut agréé. En reconnaissance de ses dix-huit années
de service comme intendant, il fut promu conseiller d'Etat semestre le 11 octobre et Marin lui fut substitué le 16 dans son intendance. La Gazette de France en fait part à la date du 25 octobre 1658 : "le sieur de Mauroy,
intendant des finances depuis dix huit ans, se démet de cette charge, et il est fait conseiller d'état ordinaire".
En 1644, il fit à l'église saint-Roch une très curieuse et
charitable fondation pour assurer et réglementer le service des derniers
sacrements (
lire ici l'article du Figaro du 23/12/1911 :
Le Dais de Saint-Roch et le Chancelier de France).
En 1647, le duc d'Anjou séjourna dans son magnifique hôtel de la rue Saint-Honoré pendant le petite vérole du Roi :
"encore malade et faible de sa maladie, il fut envoyé chez de Mauroi, intendant des finances, dont la maison près de la porte Saint-Honoré, était de bel air, et proche le
Palais-Royal" (
Journal de la sante du roi Louis XIV de l'annee 1647 a l'annee 1711).
Le 30 novembre 1647,
la Reine voulant faire part au Duc d'Anjou, frère unique du Roi,
de sa joie pour la convalescence de Sa Majesté, va le visiter chez le sieur de Mauroy, en la belle demeure de qui on l'avait retiré, proche du Louvre, pour le soustraire à la contagion del a petite vérole, dont le Roi son frère, était atteint.
Pendant le séjour de Mauroy à Rome, Le Poussin, qui dans ses lettres, l'appelle
Monsieur l'Ambassadeur exécuta pour lui plusieurs toiles importantes.
Le 14 mai 1652 le Roi "va se promener à Saint-Ouen et voir la maison de Mauroi, intendant des finances".
ECette même année, le roi accorde une gratification de 3 000 livres au "Sire de Mauroy, Secrétaire de l'Ambassade à Rome".
Le 1er juillet 1653, la duchesse d'Aiguillon, nièce de Richelieu, obtient de Louis XIV un brevet pour la création du Grand Hôpital de la Salpêtrière.
L'édit de création est signé par le Roi le 27 avril 1656.
Le 23 mars 1657 Vincent de Paul, le futur saint, écrit à Séraphin de Mauroy que la Compagnie est résolue à ne point accepter la direction spirituelle de cette maison :
J'ai communiqué l'affaire du grand hôpital à notre petite compagnie pour la dernière fois. Or tous d'une commune voix ont jugé qu'elle ne pouvait du tout
l'entreprendre, et m'ont fait grande instance à ce que je vous supplie, Monsieur, et par vous Messieurs les administrateurs, comme je fais très humblement,
de l'excuser de ce quelle ne peut vous rendre cet acte d'obéissance, comme elle désirerait faire en toute autre chose, à cause des grandes obligations
qu'elle vous a et à ces Messieurs, à qui nous sommes, comme à vous, Monsieur, très humbles. Il faudra plusieurs années pour que le projet soit agréé
et le marché de construction ne sera signé qu'en mai 1658.
En 1656 Séraphin de Mauroy entre à la maison du Roi comme maître d'hôtel ordinaire : il est ainsi qualifié "chevalier de Saint-Michel et maître d'hôtel ordinaire
du Roi" dans un accord intervenu au sujet de seigneurie des Barres (Archives du Cher, notaires de Bourges). Il démissionnera de ce poste en 1659.
Le 26 juin 1660 "Jean Bernard fut reçu conseiller secrétaire du Roi, Maisons, couronne de France et de ses Finances, par la résignation
de Seraphin Mauroy, conseiller du Roi en ses conseils, et ci-devant intendant de ses finances".
On peut penser qu'il vendit sa charge pour doter sa fille Anne-Radegonde qui se mariait
le 6 juillet suivant avec le vicomte de Paulmy (Jean-Armand de Voyer).
Séraphin vendit son hôtel de la rue Saint-Honoré par contrat du 4 octobre 1654 à François Fouquet, évêque d'Agde (que son frère Nicolas Fouquet
va acquérir à son tour en 1658). Un acte de mariage de son écuyer de cuisine avec une de ses femmes de charges confirme qu'il habitait rue neuve Saint-Honoré en 1654 alors
qu'un autre de 1659 du mariage de son maître d'hôtel
qu'à cette date il avait déménagé et habitait rue Saint-Thomas du Louvre, adresse confirmée par l'acte de mariage d'un de ses domestiques en 1661.
Il quittera plus tard la rue Saint-Thomas-du-Louvre pour une maison plus modeste, rue des Prouvaires, dans la paroisse de Saint-Eustache.
En 1664 il vend le château de Saint-Ouen à Joachim Seiglières de Boisfranc.
Le 3 janvier 1667 Séraphin de Mauroy, seigneur et baron de Germigny, conseiller du Roi en tous ses conseils (depuis 1662), ancien intendant et contrôleur général des finances,
demeurant à Paris, rue des Prouvaires, paroisse Saint-Eustache fit une donation aux religieuses de Saint-Thomas établies à Paris,
près la nouvelle porte de Montmartre, d'une rente viagère de 700 livres tournois sur la tête de Marie de Mauroy, sa fille, affiliée au couvent
des dites filles Saint-Thomas.
Il mourut le 15 mars 1668 et fut inhumé aux Petits-Augustins, dans le caveau de sa famille.
Il avait épousé en premières noces, en 1632, Anne Frémin, qui mourut en 1645, lui laissant quatre enfants, en deuxièmes noces Marie-Magdeleine Fardoil du Breuil, qui lui donna deux enfants,
et en troisièmes noces (1649) Marie de Babute, qui lui apporta la baronnie de Germigny et dont il eut un fils. Lors de ce mariage il est qualifié chevalier de Saint-Michel (1651-1652 E.2474 Archives du Cher).
Il acheta le 18 août 1655 la seigneurie de Château-Renaud et la réunit à la châtellenie de Germigny, que la famille conservera jusqu'en 1683.
Portrait de Seraphin de Mauroy, gravure de Jaspar Isaac
Lien de Parenté
Anne-Radegonde de MAUROY
¦
Jean-Armand de VOYER, vicomte de Paulmy
¦
Céleste de VOYER, dame de Paulmy
¦
Agathe de LA RIVIERE
¦
Yvonnette Rivié de Ricquebourg
¦
Monique de GOUY d'ARSY
¦
Arsène, comte O'MAHONY
¦
Maurice, comte O'MAHONY