Fiche N° 0142

Auteur D. Barbier

9/12/2008

visage

Lazare MORIN

Ascendant ¤

 Allié ¡

Célèbre ligueur, conseiller au Grand Conseil en 1559

 

morin.png

Les armes de Lazare Morin de Cromey sont d'argent au chevron d'azur accompagné de trois mures de sable, avec une étoile d'or sur un fond d'azur en chef. Ces armoiries ont été données par Paillot. On les voit encore sur un écusson peint, attaché à la voûte de la chapelle Morin.

 

L

e testament de sa mère prouve qu'en 1532, Lazare Morin était encore un étudiant assez jeune pour avoir besoin des conseils et de la protection de son père Ferry et de son frère Celse, chanoine d'Autun. Le droit fut l'objet spécial de ses études et lui ouvrit la carrière des honneurs. Son avancement était d'autant plus facile qu'il trouvait un guide éclairé et influent dans le frère de sa mère, président au Parlement de Paris, le célèbre négociateur Denis Poillot. Aussi, il était reçu avocat royal à Autun le 26 juin 1542, conseiller au Parlement de Dijon, l'année suivante, devint procureur général en mai 1552. Il se démit de cette charge le 6 mars 1556 sur ordre du Roi qui lui fit don de la première charge de conseiller au grand-conseil [1] qui viendrait à vaquer et lui accorda une pension de 400 livres jusqu’au 7 avril 1559 qu’il fut pourvu de cette charge. Il résigna le 16 septembre 1568 en faveur de son fils François et obtint l’honorariat le 14 mars 1570.

On lit dans plusieurs ouvrages qu’il eut un rôle important sous la Ligue comme membre du Conseil des Seize fondé par les Guise en septembre 1586, et du comité secret qui fit exécuter en 1591 le président Brisson [2]. Le duc de Mayenne réagit violemment à cette exécution et fit condamner les complices de la mort du président. Certains furent exécutés avant qu’il ne prononça une amnistie dont fut cependant exclu Cromé, le plus coupable de tous dans cette affaire. Celui-ci, condamné avec quelques autres  à « avoir les bras, cuisses tant haut que bas, et les reins rompus sur un échafaud qui sera pour cet effet dressé en la place de grève ; leurs corps mis sur les roues plantées proche le dit échafaud, pour y demeurer le visage tourné vers le ciel, tant qu’il plaira à Dieu les y laisser vivre » dut s’enfuir en Flandre. Habile mais sans biens, il y enseigna le droit et vécu ainsi le reste de ses jours. De son exil, il ne cessait pas de servir la Ligue et de harceler les politiques comme en témoigne son livre Dialogue du Manant et du Maheutre qui circulait à Paris à la fin de 1593, dans lequel, selon Dom Lobineau : « les politiques étaient peints de toutes les couleurs. Cet ouvrage, écrit ingénieusement, fit grand bruit. » 

M. Devoucoux, qui a publié en 1858, une intéressante étude dans les Annales de la Société éduenne, conclut même : « Telle fut la vie agitée d'un magistrat distingué par ses talents, mais lancé sur le chemin glissant de l'esprit de parti, à l'une des époques les plus orageuses de notre histoire. Malgré la sentence qui le condamnait à mort, il put rentrer en France, dans un moment de calme, et terminer ses jours à Dracy où, selon Courtépée, on voyait sa tombe [3]. »

Il n’y a cependant pas unanimité sur l’identité du célèbre ligueur, généralement nommé Cromé ou Cromey dans les textes de la Ligue. Parfois le prénom François est précisé. Pour les uns François est le fils de Lazare, pour d’autres les deux ne font qu’un. On peut cependant noter que Lazare était un jeune étudiant lorsque sa mère testa en 1532. Le livre qui lui est attribué circulait à Paris 60 ans plus tard ! Lazare aurait été âgé de 75 ans environ …

 

 

Ch%C3%A2teau_Dracy_Les_Couches_2

La terre de Dracy-les-Couches devint en 1547 la propriété de Lazare Morin. Il reconstruisit le château qui devint la demeure principale de la famille des Morin de Cromey. Lazarz possédait également un hôtel au centre de Marchaux.

 

 

morin celse

Dom Celse Morin, frère de Lazare, autrefois grand-chantre de Carpentras et chanoine d’Autun, mort le 20 juillet 1518, représenté en peinture dans le beau vitrail qui décore la fenêtre de la chapelle Morin, en habit canonial du temps (soutane écarlate, surplis et aumusse)

 

 

 

 

Sources : ==================================================

 

Notes sur 5 tombes de la cathédrale d’Autun, article paru dans les Annales de la Société éduenne 1858 (3)

 

Lien de parenté : =============================================

 

Lazare Morin

Marie Morin

Philippe Berbis

Pierre Berbis

Bénigne Berbis (+1721)

Bénigne Berbis de Rancy (+1774)

Marie Marthe Berbis de Rancy (1728-1782)

Marie Chifflet d’Orchamps (1751-1807)

Victoire Boquet de Courbouzon (1774-1856)

Adèle Le Bas de Girany (1796-1857)

Marie-Eugénie Garnier de Falletans (1823-1906)

Maurice O’Mahony (1849-1920)

 

 

 



[1] Créé par Charles VIII par édit d’août 1497 dans le but de désengorger le Conseil du Roi des procès privés, le Grand Conseil est une cour souveraine, présidé par le Chancelier de France, dont le ressort s’étend à l’ensemble du royaume et qui s’est fixée à Paris sous Henri II. Au total, le Grand Conseil peut être considéré comme ayant été à la fois tribunal des conflits, tribunal administratif et tribunal d’exception et dans tous les cas une illustration majeure du pluralisme judiciaire de l’Ancien Régime. Extrêmement critiqué comme juridiction d’exception, il subsista néanmoins jusqu’à la Révolution. Les membres du Grand-Conseil étaient propriétaires de leur charge.

[2] On lit dans les Mémoires de Palma Cayet, quelques détails sur le triste drame où Lazare Morin de Cromey joua un rôle si regrettable.

[3] En contradiction avec cette autre version écrite en 1616 : « le conseiller Cromay … se retira en Flandre, où il vivait assez pauvrement en faisant quelques écritures, était toujours tout seul en sa chambre et n’y laissait entrer personne qu’une pauvre femme qui lui venait faire son lit. Il était bruit qu’il avait de l’argent … plusieurs années après il mourut misérablement. C’est qu’un matin on le trouva tout meurtri à coups de marteaux et pommeaux de dagues en sa chambre, et étendu tout raide mort en icelle.