Fiche N° 0147

Auteur D. Barbier

19/12/2008

Georges de MATHAN

Ascendant ¡

 Allié ¤

Capitaine du château de Saint-Lô en 1570

frère de Jacqueline

 

 

 

 

Georges de Mathan, capitaine du château de Saint-Lô, fut l'une des premières victimes des guerres de religion en notre Basse-Normandie. A ce titre, il réclame une étude particulière, car il fut l'objet de l'un des épisodes les plus imprévus et les plus violents de cette époque féconde en faits étranges.

Fils de Nicolas de Mathan, chevalier, baron de Saint-Ouen-le-Brisoult, châtelain de Mathan [1], de Semilly, de Coulons etc., et de Marguerite, ou d'après d'autres de Madeleine d'Espinay, fille de Henri d'Espinay, chambellan du roi Louis XII, il avait épousé en premier mariage, le 4 juillet 1551, Claude des Asses, fille de Claude des Asses, conseiller au parlement de Paris ; puis en deuxièmes noces, en 1583, Françoise de Créquy, sœur de Jean de Créquy, seigneur de Raimboval. De son premier lit, il eut quatre enfants et six du second.

Né en 1528, et tout jeune encore en 1551, Georges, le troisième enfant issu d'un deuxième mariage avait l'honneur d'appartenir par sa propre mère aux maisons royales de Valois et de Bourbon, aussi bien qu'à celle de Lorraine. Dans ces conditions, il devait compter sur une brillante carrière militaire, grâce aux faveurs de la Cour et de sa très grande distinction personnelle.

Incorporé dans les  légions de l'arrière-ban du bailliage de Caen, il fut bientôt cornette du capitaine-commandant de cette compagnie. Cependant il lui fallut obtenir du Roi des lettres de surséance, au moment de partir pour le service de Sa Majesté, hors du Royaume. Le brevet était daté de Rouen, le 17 novembre 1555. Plus tard, il fut maître d'hôtel ordinaire et intendant du duc et de la duchesse de Longueville et d'Estouteville [2].

Quatre mois après son mariage avec Françoise de Créquy, par brevet du Roi, daté d'Argentan, le 19 juin 1570, il recevait la capitainerie de la ville de Saint-Lô, vacante par le décès de Nicolas de Chauraiz, sieur de Cherperimé. Enfin, le 3 juillet suivant, Georges de Mathan obtenait de Charles IX, sa nomination de chevalier de l'ordre de Saint-Michel, dont la commission, contresignée de Neufville, lui était expédiée de Gaillon. Le même jour mission spéciale était donnée au duc de Longueville de conférer au titulaire les insignes de cette distinction et de procéder à la réception officielle du nouveau dignitaire.

Georges de Mathan résigna son titre de capitaine de Saint-Lô dès les premiers mois de 1584, en faveur d'Adrien de Mathan, son fils, puisque la commission de celui-ci est du 9 juin. Cependant il est à noter qu'il ne mourut qu'en 1595.

Nous ne saurions affirmer si, dès 1584, il était gentilhomme de la chambre du Roi. Mais il en avait toujours le titre lorsque, le 26 février 1593, il fit au château de Semilly, qu'il habitait, son testament qui fut reçu par Pierre La Quièze et Jean Guillaumette, tabellions royaux de la sergenterie de Saint-Clair. Dans cet acte, il avait fait plusieurs legs pieux, notamment au profit de l'Hôtel-Dieu de la Trinité, fondé par son père, en la paroisse de Saint-Pierre-de-Semilly.

Il mourut le 15 février 1595, âgé de 67 ans. Son inhumation se fit dans l'église de Semilly, où l'on voit son tombeau, près de celui de Claude des Asses, sa première femme, morte le 27 janvier 1569, âgée de 36 ans, et dont il avait eu douze enfants.

Le partage de sa succession s'opéra le 6 mars suivant, entre ses quatre fils Adrien, Robert, Joachim et Jacques de Mathan, qui réglèrent en même temps le douaire de Françoise de Créquy, leur belle-mère, par acte passé devant de La Quièze et Guillaumette, notaires.

Ce capitaine de Saint-Lô avait formé la tige des seigneurs de Semilly, qui se sont perpétués jusqu'à nos jours et se trouvent représentés dans notre Société par notre distingué collègue, le comte Jean de Mathan.

Leur blason est de gueules à deux jumelles d'or, au lion d'or passant, en chef, armé et lampassé de même. Devise: Au fidel rien ne fault .

Deux mots encore sur la famille de Mathan : Dès le 6 mai 1519, Nicolas de Mathan, père de Georges, avait fait à François 1er l'hommage du fief de Semilly. A la mort de Madeleine d'Espinay, veuve de Nicolas, survenue le 20 janvier 1538, la garde noble de leurs neuf enfants mineurs fut déléguée par le Roi à Catherine d'Estouteville, leur aïeule maternelle.

Le fait le plus notable de l'existence de Georges de Mathan, fut peut-être le coup de main qui le dépouilla par surprise de son titre de capitaine du château de Saint-Lô. Ce fut presque au début de la septième reprise des guerres de religion en Normandie, qui se manifesta dans des circonstances bien connues que nous voulons rapidement rappeler.

C'est à La Rochelle que la plupart des chefs des Huguenots vinrent chercher un refuge. Montgomery fut l'un d'eux. Poursuivis vainement par l'armée catholique du duc d'Anjou, qui sacrifia la vaillante cité, défendue par Lansac, les rebelles obtinrent un traité de paix qui leur assura plusieurs places fortes (1573).

Peu après, au printemps de l'année suivante, Montgomery organisa, dans les Îles de Jersey et de Guernesey, une nouvelle insurrection, pour laquelle il compta de très nombreuses adhésions dans la presqu'île du Cotentin et dans ses principales villes, notamment à Saint-Lô De son point d'observation, au jour choisi par lui pour en venir prendre la direction suprême, il lui suffira d'un bon vent favorable, et, tout au plus de quelques heures pour la traversée. D'ailleurs ses lieutenants sont envoyés à l'avance par lui sur le terrain où tous attendent le signal. Mais au gré des impatients, il se fait attendre et c'est de

Saint-Lô que part la première fusée qui éclate le 2 mars 1574. Le premier drame qui s'y déroule proclame cette ville comme le rempart de la cause protestante. La scène se passe au centre de la citadelle, dans les locaux mêmes du gouverneur, ou les insurgés font irruption dès la première heure. Par surprise et violence, ils s'emparent des clefs de la forteresse, en même temps que de celles des portes de la ville « qui furent ravys et ostez par force au sieur de Mathan, le jeune, ayant charge en l'absence de son père, capitaine de la dite ville». La victime est Adrien de Mathan, fils de Georges de

Mathan, le gouverneur de la place : le chef du complot est Antoine de Thère, écuyer, seigneur de Thère. Celui-ci est suivi d'une douzaine de conspirateurs, entre lesquels Nicolas Grente, qui fut plus tard condamné à mort, par sentence de justice. Une fois maîtres de ces clefs, ils jettent Mathan et ceux de son entourage dans les cachots; puis faisant appel à leurs adhérents de la ville et du dehors, ils expulsent de la citadelle et de la cité la garnison catholique et ceux des habitants dont ils soupçonnent les opinions hostiles. Thère, pendant quelques jours, se constitue le capitaine du château-fort de Saint-Lô et l'exécuteur de la vindicte protestante. Il préside à tous les actes, « toutes voyes et façons de guerre et hostilités par ruines et abattement de églises, fortifications, mutation,, et remparements de murailles, bouchements de portes, pontz et passages, sacrilèges, ravissements de biens et rançonnements de personnes et générale privation de la liberté des obéissants serviteurs du Roy. »

Alors faisant entrer François de Bricqueville, sieur de Colombières, puis cinq jours plus tard, le 7 mars, François de Montmorency, sieur de Hallot, dans la place, avec des renforts, Thère dépose entre leurs mains le fardeau de sa capitainerie et de ses responsabilités. Montgommery quitte enfin Jersey et vient débarquer, le 11 mars au hâvre de Linverville. Colombières reçoit alors de lui le titre de capitaine de Saint-Lô.

On sait le reste. La forteresse est bientôt investie par Matignon, lieutenant-général du roi Charles IX et gouverneur de la Normandie. Montgomery s'échappa de Saint-Lô et s'enfuit à Domfront où il se fit capturer par son vainqueur. Enfin, après six semaines de siège, Saint-Lô capitule le 10 juin 1574.

Quant à Georges de Mathan, dépouillé violemment de son titre de capitaine de Saint-Lô, il dut reprendre son office après la pacification, soit parce qu'en fait il dut être toujours considéré comme le gouverneur titulaire de la place, soit qu'il ait reçu une nouvelle commission du roi Henri III, puisqu'en 1584, il donna sa démission afin de pouvoir transmettre son épée de commandement à son fils aîné, Adrien de Mathan, celui-là même auquel était arrivé l'accident du 2 mars 1574. Nous avons dit déjà que Georges de Mathan ne mourut qu'en 1595.

 

 

 

Sources : =================================================

-          Le château de Saint-Lô (Manche) et ses capitaines-gouverneurs par Hyppolyte Sauvage

 

 

Lien de parenté : =============================================

Georges de Mathan était le frère de Jacqueline de Mathan

Louise Marquer (1541-1612)

Catherine Bourgneuf ( 1620)

Jean de Robien de Kerambourg (1606-1670)

André de Robien de Kerambourg (1641-1694)

Jeanne de Robien de Kerambourg

Thomas du Bot du Grégo (1714-1768)

Charles du Bot du Grégo (1741-1812)

Louise du Bot du Grégo (1770-1826)

Charles-Félix d’Amphernet de Pontbellanger (1788-1827)

Michel d’Amphernet de Pontbellanger (1820-1886)

Marthe Lafreté d’Amphernet de Pontbellanger (1856-1936)

Yvonne O’Mahony (1885-1965)

Monique Bougrain (1912-1968)

Dominique Barbier

 

 



[1] Le fief de Mathan était situé sur la rivière de l’Odon, près de l'abbaye d'Aunay, à six lieues de Caen.

[2] Marie de Bourbon était également comtesse souveraine de Neufchâtel.