Fiche N° 0177 |
Auteur D. Barbier |
03/06/2009 |
Jean DE JOINVILLE |
Ascendant ¤ Allié¡ |
Confident de Saint-Louis, et son biographe en 1309
Jean de Joinville est né aux alentours du 1er mai
1225, de Simon, sire de Joinville, et de sa seconde épouse, Béatrix de
Bourgogne, dite d’Auxonne. La mort prématurée de son frère aîné Geoffroy vers
1232 le mit en possession de la seigneurie de Joinville ainsi que de la charge
héréditaire de sénéchal de Champagne.
Joinville fut attaché,
pendant son enfance, à Thibaut IV, comte de Champagne, à la cour duquel il
reçut son éducation de jeune noble. En 1241, il assiste
à l'adoubement à Saumur d'Alphonse de Poitiers, frère du roi Louis IX,
remplissant lui-même l'office d'écuyer-tranchant auprès de son seigneur. Cette
cérémonie, relatée avec quantité de détails dans la Vie de saint Louis, semble
avoir impressionné le jeune sire de Joinville.
Sceau de Jean de Joinville
A seize ans, en 1240, il
épousa Alix de Grand-Pré, aussi jeune et aussi peu fortunée que lui.
En 1241, il accompagne
son suzerain Thibaud à la cour de France où il rencontre le roi Louis XI, futur
saint Louis.
En 1244, lorsque la
croisade fut publiée, il décida de se joindre aux chevaliers chrétiens, comme
son père l’avait fait 35 ans plus tôt contre les Albigeois. Il engagea ses
biens, laissa à sa mère Béatrix, à son épouse et à deux petits enfants, à peine
1200 livres de rente, et partit ayant à sa solde dix chevaliers.
Arrivé à
l'île de Chypre, rendez-vous général des croisés, il n'avait plus d'argent pour
payer ses chevaliers, et il fut obligé de prier Louis de les prendre à sa
solde. Depuis ce moment, Joinville s'unit d'une grande amitié intime avec le
roi.
Joinville
combattit les infidèles avec un courage remarquable. Pris avec Saint Louis
par les Mamelouks (1250), il fut chargé de négocier avec les Templiers
l'emprunt de la somme nécessaire à la rançon de l'armée et obtint ce prêt, que
refusaient les Templiers, en menaçant d'ouvrir à la hache le trésor de guerre
de l'ordre. Il partagea en Égypte la captivité de son
maître, et il le suivit en Syrie. Pendant les quatre années suivantes passées
en Terre Sainte, Joinville fut le conseiller très écouté du Roi. Celui-ci s’amusait
des emportements, de la naïveté et des faiblesses de Joinville, mais il savait
pouvoir compter sur son absolu dévouement et sur sa franchise.
De retour
en France, il conserva toute la confiance du roi qui lui confia différentes
missions, notamment celle de négocier, en 1255, le mariage d'Isabelle, fille de
saint Louis, avec le jeune Thibaut V, roi de Navarre, qui venait de
succéder à son père Thibaut IV.
Depuis cette
époque jusqu'à la deuxième croisade de saint Louis, il vécut tour à tour à
Paris et en Champagne. Louis l'admettait à sa table, le chargeait de recevoir
les requêtes à la porte du palais, et le faisait asseoir souvent près de lui
lorsqu'il rendait justice à ses vassaux sous les arbres du bois de Vincennes.
En 1268, le roi partit à une nouvelle croisade : Joinville, malade et marié
depuis peu en secondes noces à Alix de Reynel, fille du sire de Tisnel, refusa
de le suivre sur ce que ses vassaux avaient trop souffert de la première
expédition, mais en réalité convaincu de l’inefficacité de l’entreprise.
A partir de 1271, la papauté mena une longue enquête sur Louis IX et en
1282, Jean de Joinville fut interrogé pendant deux jours à Saint-Denis par les
représentants du pape lors du procès en canonisation du défunt roi, laquelle
intervint le 25 août 1297.
Jean de Joinville continua de servir le roi de France
jusqu'à sa mort, d'autant plus que celui-ci était devenu son suzerain direct
depuis le mariage de la reine Jeanne de Navarre avec Philippe le Bel (1284).
S'il ne participa pas à la bataille d'Arras du 15 août 1302, Jean et ses fils
Jean d'Ancerville et Anseau de Reynel prirent part à l'expédition menée en
Flandre par Philippe le Bel à l'été 1304. En novembre 1314 cependant, Joinville
adhère à la ligue de Champagne constituée pour protester contre la politique
fiscale et financière du roi de France. La noblesse obtint satisfaction l'année
suivante sous le règne de Louis X le Hutin.
En 1315,
Louis-le-Hutin ayant sommé toute la noblesse de le joindre dans la ville
d'Arras pour aller combattre les Flamands, Joinville répondit à cet appel
quoique âgé de plus de quatre-vingt-douze ans.
Ce fut à la
sollicitation de Jeanne de Navarre, femme de Philippe-le-Bel, et mère de
Louis-le-Hutin, qu'il composa ses célèbres Mémoires.
Jean de Joinville mourut probablement le 24 décembre 1317
à l'âge de 92 ans. Il fut inhumé dans la chapelle Saint-Joseph de l'église
Saint-Laurent du château de Joinville. A la Révolution, cette collégiale fut
vendue comme bien national. En 1792, les habitants transportèrent les restes
des dépouilles des seigneurs de Joinville dans le cimetière de la ville.
Statue de Joinville
Cour Napoléon
du Louvre
Au
tome XX des Mémoires
des Inscriptions, M. Levesque de La Ravalière porte le jugement suivant
sur Joinville :
« Également estimé des gens de
lettre, des militaires et des ecclésiastiques, il mérita la réputation qui lui
survit depuis tant de siècles. Il fut grand et robuste de corps ; il eut
l'esprit vif, l'humeur gaie, enjouée, l'âme et les sentiments élevés. Il apprit
de saint Louis, avec qui il avait demeuré six ans dans la Terre Sainte, à aimer
la vertu et à fuir le vice ; il fit de ce principe la règle de sa
conduite. Moins courtisan du saint roi qu'admirateur sincère de ses vertus et
attaché à sa personne, il le respecta et l'honora véritablement sans le flatter
dans ses humeurs et ses petits défauts, comme on le voit en quelques endroits
de son histoire. Joinville à un siège, à une bataille bravait la mort ;
l'honneur et le devoir le rendaient intrépide. A d'autres occasions où il
n'était pas soutenu par de grands mouvements, ce n'était plus le même homme.
Les Sarrasins, dont il était prisonnier, menacent de le faire mourir ; il
se voit au moment de périr ; la frayeur le trouble si fort, qu'il ne sait
ce qu'il fait ni ce qu'il dit. Tel est l'homme faible ou courageux à
l'occasion.
« Joinville
haïssait trop le mensonge et les bassesses pour savoir plier. Après qu'il eut
perdu saint Louis, il préféra de vivre en grand seigneur à sa terre, au vain
honneur d'être confondu à la cour ; et par cette raison il rechercha avec
moins d'empressement l'amitié des rois successeurs de saint Louis ; il se
tint avec eux dans les bornes du devoir. Par un hasard fort rare, il en vit
régner six : Louis VIII, Louis IX, Philippe III,
Philippe IV, Louis X et Philippe V. A leur avènement à la
couronne, il ne s'empressa point, tandis qu'il fut en faveur, de demander des
grâces, du bien, des dignités. Content de son rang et de sa fortune, il
conserva la place de ses ancêtres, et il n'augmenta son domaine que par deux
mariages.
« Il
transmit à sa postérité et aux hommes que l'ambition et l'amour des richesses
n'aveuglent pas, des préceptes à suivre et un exemple à imiter. Il ne fut pas
sans défauts ; je ne dois pas le dissimuler. Il était peu touché de la
religion dans sa jeunesse ; il aima le vin. Saint Louis le corrigea de son
incrédulité et de l'ivrognerie. Il passa à une autre extrémité pour la
religion ; il devint crédule et superstitieux : les contradictions,
les refus de ce qu'il demandait l'aigrissaient ; il s'emportait aisément.
Homme enfin, il eut des vertus et des défauts, et comme les vertus furent en
plus grand nombre que les défauts, il mérita d'être mis au rang des grands
hommes. »
Quelques
anecdotes biographiques recueillies et comparées semblent montrer que
Joinville, dans sa longue existence, participa des caractères de deux sociétés
dont l'une mourait de son temps, et l'autre commençait à naître. Il avait les
qualités de naïveté, d'abandon, de bonne foi, qui ont fait de saint Louis l'un
des types les plus précieux et les plus purs du Moyen Age ; mais il avait
aussi en lui un germe de méfiance pour l'autorité trop exclusivement abandonnée
aux faiblesses humaines qui a engendré depuis des doctrines si hardies de
dignité individuelle. C'est du moins ce qui peut le mieux faire comprendre sa
conduite réservée ou hostile vis-à-vis des successeurs de saint Louis, et la
nature de sa piété qui n'excluait pas toujours une certaine prudence presque
injurieuse pour le clergé. C'est ainsi qu'il bâtit une église à ses frais, mais
qu'ayant prêté 50 livres au doyen des chanoines de Saint-Laurent de sa
ville, il exigea d'eux pour gages du prêt, qu'ils lui donnassent des chasubles,
des aubes, une étole, un fanon, une tunique, une dalmatique, deux bras d'argent
où il y avait des reliques de saint Georges et de saint Chrysostôme.
Jean de Joinville offre son livre à Louis, roi de Navarre,
futur Louis X
Miniature extraite de la Vie de Saint Louis, fol. 1
Paris BnF
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