Fiche N° 0046 |
Auteur D. Barbier |
23/10/2008 |
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Enguerrand III DE COUCY |
Ascendant ¤ Allié ¡ |
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Baron qui construisit le plus
grand château-fort de la chrétienté en 1225
« Roi ne suis, ne prince, ne duc, ne comte aussi, je suis le
sire de Coucy ».
Telle est
l'orgueilleuse devise d'Enguerrand III, le membre le plus fameux de l'une des
plus puissantes dynasties féodales de tout le moyen âge et le symbole de la
lutte opiniâtre que les grands féodaux mèneront contre la couronne pour
préserver leur indépendance.
Histoire
de Coucy-le-Château
Manuscrit
écrit et enluminé par Jean Ducornet, capitaine des loups de Coucy
Pages
concernant Enguerrand III
Site
vie-médiéval.com
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Né en 1182 au château de Coucy,
fils aîné de Raoul de Coucy (à gauche) et d’Alix de Dreux, il posséda
en exécution du partage que son père fit avant son départ en Terre Sainte,
les terres de Coucy, de la Fère, de Marle, de Saint-Gobain et de Folembray et
il devint comte de Roucy par son premier mariage et comte du Perche par son
second mariage. Il se signala par la magnificence des
édifices qu’il fit élever, dont le superbe château de Coucy, mais il se
rendit encore plus célèbre par sa bravoure dans toutes les guerres et les
expéditions considérables qui se firent de son temps en France, en Flandre et
en Angleterre. Enguerrand III le bâtisseur mérita le surnom de "Grand" qui lui fut
donné, soit par les grandes alliances qu'il fit entrer dans sa famille, soit
par le grand rôle qu'il joua dans le monde, soit enfin par les grandes qualités
qui brillaient en lui quoiqu'un peu obscurcies quelquefois par de grands
défauts. Le château de Coucy, que l'archevêque Hervé avait fait construire,
mais qui n'avait été bâti que par les paysans du lieu, ne lui paraissait pas
digne de sa magnificence. Il le fit abattre et sur ses ruines il en éleva un
autre, dont les restes impriment aujourd'hui, dans ceux qui les regardent de
près, je ne sais quelle surprise pour ceux qui en furent autrefois les
maîtres. |
La ville de Coucy fut en même temps
agrandie par ses soins; il l'embellit, l'orna de nouveaux édifices et
l'environna de murailles et de tours depuis la porte Soissonne jusqu'à la porte
de Laon. Enfin, pour rapprocher tout ce qu'il fit en ce genre et mettre sous un
seul point de vue les divers travaux auxquels il s'appliqua pour embellir ou
pour fortifier les places de son domaine, il fit, outre cela, construire les
châteaux de Saint-Gobain, d'Acy et de Marle, le Châtellier au-dessus de La
Fère, le parc et la maison de Folembray, la maison de Saint-Aubin entre Coucy
et Noyon, le parc d'Espintier, sans parler de l'hôtel de Coucy à Paris auprès
de Saint-Jean-en-Grève, et de plusieurs autres lieux moins connus qui tous
ensemble ne purent être achetés qu'avec une dépense extraordinaire.
Un de ses principaux soins fut de faire
observer la justice dans toutes les terres de son obéissance. Coucy faisait
anciennement partie du comté de Vermandois, et se gouvernait selon les lois et
les coutumes de cette province. Enguerrand, qui affecta l'indépendance plus
qu'aucun seigneur de son temps, et qui s'était fait une petite souveraineté de
son domaine, fit quelques changements à ces usages ou revêtir de son autorité
ceux qui s'étaient introduits insensiblement sous ses prédécesseurs. C'est ce
que l'on appelle aujourd'hui la Coutume
de Coucy qui, depuis Enguerrand, a tenu lieu de loi dans la ville et dans
une partie de son ressort, et qui a enfin été autorisée par le roi depuis la
rédaction qui en fut faite sous ses ordres en 1556.
Vers 1200, c'est-à-dire alors qu’il
était encore dans toute la fougue de la jeunesse, Enguerrand, qui avait sans
doute hérité de l'humeur guerrière et de la bravoure de Thomas de Marle, son
bisaïeul, eut une guerre avec l’église
de Reims, pour un motif resté inconnu. Il se ligua avec Manassès de Rethel et Roger
de Rocroy, et tous trois se mirent à piller les terres, à couper les bois et à
s’emparer de plusieurs villages de la dépendance de cette église. Les chanoines
de Reims, se voyant hors d’état de résister à des seigneurs si puissants,
eurent recours au Roi qui leur répondit, comme ils l’avaient fait à son
occasion, qu’il les assisterait de ses prières. Il fit cependant avertir ces
seigneurs de cesser de les inquiéter, mais ils ne se rendirent point à ses
ordres. Le Roi alors, oubliant le sujet de mécontentement qu’il avait reçu du
chapitre de Reims, assembla une armée à Soissons pour ravager les terres de
Coucy et du Rethelois, ce qui fit rentrer ces seigneurs dans leur devoir.
L’année suivante, Enguerrand épousa Béatrix
[Eustache ?] de Vignory, veuve de Jean 1er, comte de Roucy,
vicomte de Mareuil, et sœur de Gauthier, seigneur de Vignory. Il prit, en vertu de cette alliance, le titre
de comte de Roucy et traita sous ce titre, en 1203, une confédération avec
Gautier, seigneur d'Avesnes, par laquelle ils jurèrent l'un et l'autre de
s'aider et de se prêter mutuellement secours envers et contre tous, sauf le
service et la fidélité qu'ils devaient au roi et à la comtesse de Vermandois.
Vignory
de gueules
à six burelles d’argent
Il abandonna quelque temps après cette
qualité de comte de Roucy pour celle de comte de Perche, car s’étant séparé de
Béatrix, il se remaria avec Mathilde [Mahaut] de Saxe, veuve de Godefroy III, comte de Perche, qui, s’étant croisé
pour l’entreprise de Constantinople mourut avant son départ à la fin de l’année
1202. Mathilde, fille de Henri, duc de Saxe, était petite fille de Henri II,
roi d’Angleterre, et sœur d’Othon IV, empereur d’Allemagne.
Saxe
Fascé de
sable et d’or de six pièces,
d’une
bande fleuronnée de sinople, en forme de couronne, brochant sur le tout
La croisade contre les Albigeois se publiait
par toute la France, et une infinité de seigneurs prenaient les armes pour
soutenir la querelle de l'église contre les hérétiques. Enguerrand se croisa en
1209 et alla joindre l'année suivante, avec les évêques de Paris et d'Auxerre,
Robert de Courtenay, Inel de Mantes et quelques autres, l'armée du comte de
Montfort qui, avec ce secours, se rendit maître de la forteresse de Cabaret.
Enguerrand eut des ennemis; peut-être que ceux-ci l'engagèrent à la croisade
dans le dessein de lui tendre des embûches et de l'y faire périr; peut-être ne
pensèrent-ils à se défaire de lui qu'après qu'il eut joint l'armée du comte de
Montfort. Quoi qu'il en soit, Enguerrand fut assez heureux pour éviter le
danger, et ceux qui avaient conjuré sa perte eurent au moins la honte de
n'avoir pas réussi.
On voyait il y a quelques années à Coucy
une grande pierre taillée en plein relief, qui pourrait bien avoir été un
symbole de cette conspiration pour apprendre aux siècles futurs que la rage et
les efforts des ennemis d'Enguerrand ne purent rien contre lui. Cette pierre,
qui servait comme de fronton à la porte par où l'on entrait dans la grosse
tour, représentait une espèce de lion, ou un animal à peu près semblable, qui
se jette sur un autre seigneur, prêt à le mettre en pièces, pendant que
celui-ci se tient tellement à couvert de son épée et de son bouclier que cet
animal furieux ne trouve aucune prise sur lui.
Enguerrand ne fut pas plutôt de retour
[de la croisade] contre les Albigeois que le roi voulut lui donner une troisième
femme de sa main. Baudoin, comte de Flandre et empereur de Constantinople, son
beau-frère, avait laissé deux filles, dont l'aînée, appelée Jeanne, était
héritière de ce comté: et ce fut sur cette princesse que le roi jeta les yeux
pour la donner en mariage à Enguerrand. Celui-ci consentit sans peine à cette
alliance, dont les conventions furent ratifiées entre le roi et lui en 1211;
et, pour cimenter davantage une si belle union, Thomas, seigneur de Vervins,
son frère, devait épouser l'autre sœur, nommée Marguerite, qui fut depuis
comtesse de Hainaut. Cependant ces deux projets de mariage n'eurent point de
suite: Marguerite épousa successivement Bouchard d'Avesnes et Guillaume de
Dampierre, l'un diacre et l'autre sous-diacre; et l'héritière de Flandre prit
parti premièrement avec Ferrand fils de Sanche Ier, roi de Portugal puis avec
Thomas de Savoie.
Enguerrand donc songea à une autre
alliance et ne tarda pas à épouser [1212] Marie, fille de Jean, seigneur de
Mont-Mirel-en-Brie [Montmirail], et d'Oisy sur les confins du Cambrésis et de
l'Artois, qui s'était rendu religieux à Long-Pont et qui y mourut en 1217.
Marie apporta pour sa dot, entre autres
terres, celle de Condé-en-Brie, et recueillit ensuite toute la succession de sa
famille, c'est-à-dire les seigneuries de Mont-Mirel, d'Oisy, de Crève-Coeur, de
La Ferté-Ancoul, aujourd'hui La Ferté-sous-Jouarre, de La Ferté-Gaucher, et de
plusieurs autres belles terres, avec la vicomté de Meaux et la châtellenie de
Cambray. Cette riche succession rendit le seigneur de Coucy, son héritier, l'un
des plus puissants seigneurs qu'il y eut en France et le mit plus que jamais en
état de soutenir son rang et sa dignité.
Montmirel
De
gueules ai lion d’or
Enguerrand était déjà marié avec
l'héritière de Mont-Mirel lorsqu'il se trouva à la fameuse [bataille] du Pont
de Bouvines, le 27 juillet 1214, à la tête de vingt mille chevaliers dont l’histoire
nous a conservé les noms. Il est inutile de nous arrêter ici sur la bravoure
dont la noblesse fit preuve pour pour repousser la ligue formidable armée
contre Philippe. Les vainqueurs virent fuir devant eux un empereur et deux
rois, cent cinquante mille hommes et les comtes de Bar, de Boulogne, de Namur,
de Flandre et de Brabant. Il nous suffira de dire que la chevalerie française
avait à écraser un ennemi deux fois plus fort en nombre, et qu’aux côtés de
Montmorency ce fut Enguerrand III qui eut, à l’aile droite, la plus brillante
part au gain de la journée.
Philippe-Auguste à la bataille de Bouvines, le 27 juillet
1214
Horace
Vernet (1827) – Châteaux de Versailles et de Trianon
On sait la révolution qui était arrivée
alors dans le royaume. Les principaux de l'état, après avoir dépouillé le roi
Jean de sa couronne, appelèrent à la succession le fils aîné de
Philippe-Auguste, qui régna depuis en France sous le nom de Louis VIII. Ce
jeune prince partit, en 1215, pour aller prendre possession de ses nouveaux
états; et Enguerrand de Coucy, qui avait contribué autant que tout autre par
ses conseils à lui faire entreprendre ce voyage, l'y accompagna avec cinquante
chevaliers de sa suite. On peut juger de là quelle était la puissance de ce
seigneur. Car Robert II, comte de Dreux, qui avait épousé sa sœur, et qui fit
le même voyage avec lui, n'y en mena que trente, le comte de Hollande
trente-six, Jean, seigneur de Mont-Mirel , son beau-frère, vingt, et Arnoult
II, comte de Guise, quinze.
Mais
avant que de partir pour cette expédition, il avait excité de si grands
troubles dans l'église de Laon que toute la province ecclésiastique y prit
part. En effet, si ce seigneur était doué des grandes qualités qui distinguaient à
un si haut degré les vieilles races féodales ; si la valeur et le
désintéressement, dans certains moments, se disputaient son cœur, la vengeance,
l'emportement et la violence y descendaient aussi quelquefois. Les faits
suivants que nous empruntons à l'Histoire du Diocèse de Laon par Le Long, le
démontreront suffisamment.
« Le doyen Adam, de Courlandon, près de Fismes
ayant fait mettre en prison des vassaux d’Enguerrand pour les obliger à
restituer les biens qu'ils avaient enlevés à l'Église de Laon, Enguerrand
ravagea les terres du chapitre et réduisit les chanoines à la dernière misère :
il vint ensuite à Laon, accompagné de ses gens, fit enfoncer les portes de la
cathédrale, enleva le doyen qu'il fit charger de chaînes et jeter clans un
cachot. Les chanoines portèrent leurs plaintes au Pape, à leur métropolitain et
à ses suffragants. L'Église de Reims, faisant éclater sa douleur, ordonna des
prières publiques pour fléchir la colère de Dieu, fit mettre toutes les chasses
des saints sur le pavé jonché d'épines, usage qui avait été défendu dans le
troisième concile de Tolède, l'an 633, et donna des ordres pour faire cesser le
service divin dans la ville et le diocèse, si Enguerrand y paraissait. Les
chapitres de Soissons, de Châlons et de Tournay, affligés de voir une église si
célèbre et si opulente réduite à l'extrême nécessité, offrirent aux chanoines
de Laon leurs biens et leurs maisons. Les autres églises, chapitres, abbayes et
prieurés leur adressèrent aussi des lettres de consolation.
Enguerrand,
après avoir commis ces violences était parti de Calais le 20 mai 1216,
accompagnant le prince louis en Angleterre.
Le pape
Honorius, mécontent de cette expédition, parce que le roi Jean Santerre lui
avait donné ses états, voulant se regarder comme vassal du Saint-Siège, manda
l'an 1216 aux archevêques de Reims, de Sens et de Rouen, d'excommunier
Enguerrand et ses complices. L'excommunication fut lancée contre ce seigneur
qui était alors en Angleterre. Louis en revint l'année suivante avec les
seigneurs qui l'avaient accompagné, ne remportant d'autres succès que de s'être
attiré les censures de Rome, dont ils furent absous, qu'en contribuant par de
fortes sommes au secours de la terre sainte ; les ecclésiastiques, qui avaient
été de ce voyage, devaient aussi en certaines fêtes de l'année faire avant la
messe la procession dans la cathédrale de Paris, nupieds en chemise, tenant en
main des verges dont le chantre les frapperait, tandis qu'ils confesseraient
publiquement leur péché. Le seigneur de Coucy ne fut absous qu'en 1219 de son
excommunication par les évêques de Laon et de Noyon que le pape délégua à ce
sujet. L'absolution fut affichée aux portes des églises ; Enguerrand, pour
l'obtenir, avait fait serment d'observer et de faire exécuter la pénitence
imposée par le souverain pontife à ceux qui avaient mis la main sur le doyen. »
Il faut avouer qu'Enguerrand avait été,
contrairement aux désirs d'Innocent III, l'un des principaux conseillers, en
faveur de Louis, de cette descente en Angleterre, où il avait conduit à ses
frais et dépens cinquante chevaliers sous sa bannière, ce qu'à peine pouvaient
faire les rois de France.
Sceau d’Enguerrand de Coucy
Après avoir pris part à une deuxième expédition contre les
Albigeois et s'être trouvé au siège de Toulouse (1219), Enguerrand s'appliqua à
embellir ses domaines.
En 1226, Enguerrand prit de nouveau les armes
contre les Albigeois, coopéra à la prise d'Avignon, le 13 septembre, et le 3
novembre de la même année, jura à Montpensier, sur le lit de mort de son roi
[Louis VIII], d'obéir au prince du royaume et de le faire couronner aussitôt
que son père aurait passé de vie à trépas.
Maintenant, quelle fut la conduite
d'Enguerrand lorsque le sceptre de la monarchie tomba dans les mains d'une
femme et d'un enfant, et qu'une ligue se forma parmi les seigneurs que
contrariaient les progrès de l'autorité royale ? Quel rôle adopta t-il au milieu
de ce dédale d'intrigues que formaient les Thibaut, les Mauclerc et les Mauléon
? C'est ce que l'histoire a de la peine à pouvoir préciser.
La reine Blanche parvint par son admirable
habileté à désarmer les chefs de la ligue, mais celle-ci loin de se regarder
comme abattue, devint néanmoins plus audacieuse ; elle aspira même à un
changement de dynastie. Les princes du sang reculant tous à l'idée d'une usurpation,
on imagina d'appeler au trône un haut baron, s'il en fut jamais, proche parent
de Philippe Auguste. Enguerrand III, sire de Coucy, faisait revivre depuis peu
l'ordre du lion fondé par son père ; le noble châtelain achevait en ce moment
de relever et de fortifier en Vermandois, avec une magnificence presque royale,
son vieux manoir donjonné, plus formidable peut-être, plus colossal que celui
du Louvre : l'appui d'une telle forteresse détermina probablement le choix des
princes ligués. Enguerrand ayant consenti à devenir l'âme de la conspiration,
les voûtes ténébreuses de Coucy le château protégèrent les conciliabules et
dérobèrent des secrets qui demeurent enfouis sous ses ruines.
On a prétendu que, proclamé roi dans une de ces réunions
mystérieuses, le sire de Coucy fit ciseler un riche diadème par le plus célèbre
orfèvre de Paris, le reçut avec des transports de joie puérile, et l'essaya
devant quelques intimes, le manteau royal sur les épaules et tenant en main le
sceptre d'or. II conservait, ajoute t-on, ces insignes dans un coffre précieux
déposé sous les portes de fer du chartrier de Coucy.
Hâtons-nous cependant de le dire ; il n'existe aucun acte émané de
ce règne éphémère. Nulle garantie historique ne vient non plus donner du poids à
ces faits démentis en quelque sorte par la célèbre devise du haut baron : Je ne
suis roi, ne prince, ne comte aussi, je suis le sire de Coucy.
D'ailleurs si Enguerrand fut un moment capable de sacrifier sa
glorieuse renommée à un mouvement de fol orgueil, tout nous porte à croire
qu'il revint très vite de ces écarts d'une ambition désordonnée, car il s'unit
bientôt même au roi contre Thibault de Champagne (1231) et c'est avec plaisir
que nous le voyons brillamment figurer dans les grandes fêtes que donna plus tard
la monarchie, dans la jolie ville de Saumur.
La réunion générale de la chevalerie qui eut lieu, en 1241, dans
cette cité surnommée la bien assise, nous le montre honoré de la confiance de
Saint- Louis, et désigné, avec Archambaud IX, sire de Bourbon, et Humbert IV,
sire de Beaujeu, pour veiller à la garde et au service de la table, au sein de
cette cour plénière dite la nonpareille.
« Trente chevaliers, en cottes de drap de soie, entouraient les
trois hauts barons, et, derrière eux, se tenaient rangés les huissiers et
sergents d'armes, portant une chaîne dorée sur la casaque à larges manches
pendantes. Sur leurs poitrines brillaient, battues en cendales les
cinq tours en sautoir au champ de gueules, unies au blason fleurdelisé des
comtes de Poitiers. »
L'année suivante, lorsque le roi convoqua à
Chinon le ban général de la noblesse, afin d'aviser à une expédition devenue
nécessaire contre les Anglais, Enguerrand s'engagea avec empressement de tenir
pour la couronne contre les entreprises de Henri III. Il se disposait même à
rassembler ses troupes, quand, traversant à gué un bras de rivière qui passe à
Gersis, il fut renversé de cheval et jeté sur son épée qui, dans la secousse,
s'était échappée du fourreau. Enguerrand, enferré jusqu'à la garde, expira
presque aussitôt. Quelques jours après, sa dépouille mortelle était déposée en
grande pompe dans l'abbaye de Foigny et Enguerrand III reposait déjà près de
son père.
Telle fut la vie de cet homme à qui
l'histoire accorda le surnom de Grand et qui véritablement fut un des héros les
plus accomplis du XIIIe siècle. Enguerrand fit preuve d'une très haute
supériorité dans l'administration de ses vastes domaines, fut placé par
Philippe-Auguste en parité avec les tètes couronnées et sut accroître son
illustration par les plus remarquables alliances. La chevalerie française eut
en lui un des plus purs représentants de son dévouement et de sa loyauté, de sa
générosité seigneuriale et de son énergie infatigable, de sa foi religieuse et
sans doute aussi de son inaltérable fidélité. L'ambition, cette plaie des
grandes âmes, a pu ternir un seul jour peut-être ce front dont la splendeur
jeta de si brillants éclats, mais les siècles conserveront longtemps le
souvenir de cette puissance que témoignent encore à nos yeux charmés les ruines
du château de Coucy, admirable édifice où se reflètent la force et la suprême
gloire de la féodalité.
Château de Coucy, construit par Enguerrand III.
Le château est une enceinte de 1700 mètres de périmètre, couvrant environ 12 hectares et qui est divisée en trois parties bien distinctes : la ville, la basse-cour et le château.
Ce dernier occupant l'extrémité nord-ouest du promontoire. Pour accéder au
château il faut d'abord entrer dans la ville par l'une de ses trois portes
fortifiées, la principale étant la
porte de Laon défendant l'accès le plus exposé à une attaque, du côté du
plateau. De moindre importance, la porte
de Soissons et la porte de
Chauny desservaient les vallées de chaque côté du promontoire. La ville
médiévale, commune affranchie en 1197, assurait ainsi la première défense de
l'ensemble fortifié.
(Aquarelle sur traits à la mine de plomb publiée vers 1820)
Reconstitution 3D du donjon au XIIIè siècle
et de la
salle basse du donjon.
(extrait
du DVD « le temps des châteaux-forts »)
Enguerrand
III laissa cinq enfants qu'il avait eus de Marie de Montmirel :
1e Raoul II, son fils aîné, son successeur
dans la seigneurie de Coucy;
2e Enguerrand IV, qui devint aussi sire de
Coucy à la mort de Raoul II;
3e Jean, qui, dès sa jeunesse,
ayant, avec son père, servi Saint-Louis, dans la guerre que ce roi soutint
contre le comte de la Marche, mourut à la fleur de l'âge ;
4e Marie, fille aînée, mariée
en premières noces au roi d'Écosse, Alexandre II Et en
secondes noces à Jean de Brienne on d'Acre grand bouteiller de France ;
5e Alix, qui épousa Arnoul III, comte de
Guines, dont nous descendons.
Enguerrand avait encore eu cinq autres enfants qui étaient morts
jeunes et avaient été inhumés dans l'église de Prémontré.
Sources :
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-
RP Anselme VIII
-
Histoire du château de Coucy par
Antoine-Louis Saint-Just (1789) sur Castlemaniac.com
-
Notice sur les Sires de Coucy (1862)
de Jérome Ulauss
(sur http://barisis.free.fr/castelaisne/Ulauss.PDF)
-
http://www.castlescience.org/Ausstellung%20Franzoesische%20Donjons/coucy/Coucy_Dynastie_Enguerrand_fra.htm
-
Dictionnaire de la noblesse, de la
Chesnaye-Desbois, tome V
Lien
de parenté :
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Enguerrand III de Coucy fut père d’Alix,
mère d’Enguerrand V, auteur de la 2è maison de Coucy et père de Guillaume et
Enguerrand.
Guillaume de Coucy fut père de Raoul, père de Blanche, mère de Jean de
Pierrepont, père de Jeanne, mère d’Aimé de Saarbruck, père de Robert, père de
Guillemette, mère de Robert de la Marck, père de Diane, mère de Charles-Henri
de Clermont, père d’Isabelle, mère de Françoise de Beauvau, mère de Jean-Armand
de Voyer de Paulmy, père de Marie-Françoise, mère d’Agathe de la Rivière, mère
d’Yvonnette Rivié de Ricquebourg.
Enguerrand de Coucy fut père de Jeanne, mère de Jeanne de Béthune, mère de
Jeanne de Roye, mère de Jeanne de Créqui, mère de Jeanne de la Tremouille, mère
de Louis de Halluin, père de Jean, père de Louis, père d’Anne-Antoine de Gouy,
père de François, père de François II, père de Michel, père de Louis de Gouy
d’Arsy..
Yvonnette Rivié fut mariée à Louis de
Gouy d’Arsy dont Monique, mère d’Arsène O’Mahony, père de Maurice …