Fiche N° 0175

Auteur D. Barbier

11/02/2009

Geoffroy IV de CHÂTEAUBRIANT

Ascendant ¤

 Allié ¡

Chevalier croisé en 1248

 

 

 

Fichier:Blason Maison de Châteaubriant (ancien).svg

Armes anciennes

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Armes accordées par

Saint-Louis vers 1250

 

 

 

 

Le plus célèbre des barons de Châteaubriant au XIIIe siècle fut sans contredit Geoffroy IV, également baron de Candé et châtelain de Vioreau (seigneurie d’Abbaretz). Il était neveu de Geoffroy III, fils de son frère, nommé également Geoffroy. Né en 1216, suivant le Cartulaire de Béré, il se trouva à, l'âge de dix-sept ans à la tête d'une des plus importantes seigneuries de Bretagne, et il ne tarda pas à se montrer à la hauteur de sa position.

Plusieurs fois caution pour le nouveau duc de Bretagne, Jean Ier dit le Roux, notamment à Pontoise, en 1238, et deux ans plus tard, lorsque ce prince prêta le serment ordinaire au roi de France, Geoffroy IV vit de bonne heure augmenter sa fortune déjà considérable, par un héritage de la maison de La Guerche, issue des sires de Châteaubriant. En effet, Isabeau de Châteaubriant, dite de la Guerche, fille du fondateur de la Primaudière, avait épousé Guillaume de Thouars, seigneur de Candé ; mais n'ayant point d'enfants, ces deux époux laissèrent à leur cousin, le seigneur de Châteaubriant, leurs terres de Candé, le Lyon d'Angers, Chalain et Chanseaux.

Cependant les croisades enflammaient de nouveau les cœurs. Pierre Mauclerc, redevenu simple chevalier, de duc qu'il avait été, était à peine de retour d'une première expédition en Palestine (1239-1240) que le roi Saint-Louis entreprit lui-même un voyage en Terre-Sainte. Autour de ce grand roi se pressèrent naturellement bon nombre de gentilshommes ; et tout ce que la France contenait de plus distingué dans la noblesse comme dans le clergé voulut prendre la croix, à l'exemple de Louis IX.

Parmi les grands vassaux de la couronne, on remarquait Jean Ier, duc de Bretagne, et Pierre Mauclerc, son père ; et au nombre des hauts barons bretons, on distinguait le seigneur de Châteaubriant. Geoffroy IV s'embarqua donc avec le roi et Pierre Mauclerc en 1248, mais le duc Jean ne put partir avec eux. On sait quel fut le sort de cette funeste expédition d'Égypte, mais on admire encore aujourd'hui, après six siècles écoulés, l'intrépidité que déploya l'armée française à la Massoure. Parmi les guerriers qui s'y distinguèrent au milieu de tant de héros, notons avec un légitime orgueil notre ancien duc Pierre Mauclerc, expiant dans les guerres saintes les déplorables fautes de sa politique passée, et notre baron Geoffroy IV, dont le nom demeure glorieusement attaché aux plus beaux souvenirs des croisades.

Cependant la nouvelle de la ruine de l'armée française à la Massoure était parvenue jusqu'en Bretagne ; on ne tarda pas à y connaître la mort de Pierre Mauclerc et celle du baron de Vitré. Le bruit se répandit également que Geoffroy de Châteaubriand avait succombé, ainsi que beaucoup d'autres chevaliers croisés. Sibylle [dame de Pordic], que notre jeune seigneur avait épousée avant de prendre la croix, revêtit alors ses vêtements de deuil et pleura son mari. Trompée ainsi par des bruits mensongers, elle était encore dans les larmes lorsque Geoffroy IV remit le pied en Bretagne. Tout joyeux, le brave baron accourut vers Châteaubriant, et, dans son empressement d'embrasser une épouse chérie « estant tout prêt de son chasteau, il le fit savoir à sa femme. » Quelle ne fut pas alors l'agréable surprise de Sibylle ? « Remplie d'allégresse à la nouvelle d'un événement si inattendu, » la dame de Châteaubriant accourt au devant de Geoffroy, mais, hélas ! « à la rencontre et accollade, ajoute naïvement du Paz, ceste bonne dame trépassa de joie entre ses bras ; témoignage de la parfaite amitié qu'elle portait à son seigneur, mari et époux. » Ainsi se changea subitement en deuil le joyeux retour du baron de Châteaubriant (1250). Cette mort extraordinaire de Sibylle est confirmée par plusieurs historiens.

Geoffroy IV avait vu par lui-même en Orient les bienfaits qu'y répandait l'Ordre des Pères de la Sainte-Trinité, fondé pour le rachat des captifs chrétiens, et il savait par sa propre expérience quelle était la misère des prisonniers chez les Musulmans. Aussi, de retour dans son château, s'empressa-t-l de fonder un monastère pour les religieux de cet ordre. Ce fut sur le chemin qui conduit de la ville de Châteaubriant au prieuré de Béré que le pieux croisé construisit ce nouveau couvent. Geoffroy assigna aux Pères de la Sainte-Trinité la somme de deux cents livres de rente sur ses forges des forêts de Juigné et de Teillay (août 1252).

La tradition rapporte que le seigneur de Châteaubriant fit inhumer le corps de sa femme Sibylle dans l'église conventuelle du prieuré ou hôpital de la Trinité ; il fit ensuite représenter sur les vitraux de cette église toutes les circonstances de la mort singulière de sa fidèle épouse ; le P. du Paz étant à Châteaubriant en 1602 y vit encore ces verrières historiques, comme il l'affirme dans son histoire.

Geoffroy IV épousa, quelque temps après, Aumur ou Amaurye de Thouars, fille du vicomte de Thouars, seigneur de Talmont et d'Agnès de Laval.

Désormais ce seigneur ne figure plus dans l'histoire que par ses testaments. Étant un jour dans son château de Vioreau, situé dans la forêt de ce nom, non loin de Châteaubriant, Geoffroy fit un premier testament, à une époque indéterminée.

Mais au mois de septembre 1262, il en fit un second, sans annuler le premier. Ce dernier testament est un des titres les plus curieux de l'histoire du temps ; qu'on me permette donc d'en faire l'analyse.

Le seigneur de Châteaubriant commence par obliger ses exécuteurs testamentaires à payer ses dettes et à réparer les dommages qu'il a pu faire à autrui ; il leur laisse à cet effet deux cents livres de rentes sur ses forêts de Juigné et de Teillay, et mille livres à prendre sur ses meubles et sur son bois de Vioreau, réservant toutefois une partie de ce bois pour l'entretien de son manoir du même nom.

S'occupant ensuite de pieuses fondations, il confirme et augmente les rentes du monastère de la Trinité ; lui concède plusieurs beaux droits, et fonde, dans l'église de ce prieuré, une chapellenie pour le repos de l'âme de sa première femme, Sibylle.

Puis, il lègue de fortes sommes à l'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers, à la fabrique de Saint-Pierre de Rennes, à d'autres abbayes d'Anjou, et à de nombreux couvents de dominicains. Au prieuré de la Primaudière, il laisse 10 livres de rente sur sa terre de Chalain ; à l'abbaye de Melleray, il assigne 21 livres de rente, afin qu'à l'avenir, les religieux de ce monastère puissent manger du pain de froment ; à Saint-Martin de Teillay, il laisse 50 livres de rente, et aux Templiers un cheval du même prix de 50 livres, somme considérable à cette époque. Il nomme dom Sauvage, prieur de Béré, l'un de ses exécuteurs testamentaires, et veut que l'église de Notre-Dame de Châteaubriant soit achevée à ses dépens.

Geoffroy s'occupe ensuite de sa famille. A sa femme Amaurye de Thouars il lègue 500 livres de rente pour sa part de mobilier, outre sa dot et sa terre patrimoniale. Selon les lois du pays, il laisse sa baronnie de Châteaubriant toute entière à son fils aîné Geoffroy, mais il donne à ses autres enfants, d'une façon générale, ses terres de Chalain, Candé et le Lyon d'Angers. Il fait de plus quelques donations particulières à plusieurs d'entre eux ; ainsi son fils Brient, nommé son exécuteur testamentaire, reçoit les revenus des deux forges de Juigné et de Teillay et sa fille Guyote a 50 livres et deux charretées de vin.

Notre baron n'oublie point ses vassaux : il répète encore qu'il veut qu'après sa mort justice soit faite à tous ; si son père a causé quelques dommages, notamment dans les paroisses de Joué et de Saint-Aubin, il ordonne qu'on les répare immédiatement. Quant aux tailles, c'est-à-dire aux impôts levés sur ses sujets, il défend qu'on les augmente, et ordonne même qu'on les réduise, comme elles étaient sous son prédécesseur, s'il lui est arrivé d'en augmenter quelques-unes ; il renonce même à certains impôts qu'il prélevait dans la paroisse de Bain, et abandonne à tous ses vassaux ses droits dits de blé sur les cours d'eau de sa seigneurie.

Ce remarquable testament de Geoffroy IV, scellé de dix-huit sceaux, fut spécialement confié aux soins du grand-maître des Templiers d'Aquitaine. On voit dans cet acte tout un côté du moyen-âge se révélant à nous. Le seigneur de Châteaubriant s'y montre, non comme un de ces farouches tyrans rêvés par nos romanciers modernes, mais, au contraire, comme un pieu chrétien, un bon père de famille, un seigneur soucieux du bonheur de ses vassaux. On n'y trouve ni trace d'une dévotion pusillanime, ni apparence d'une trop grande rigueur dans l'exercice du droit d'aînesse, ni preuve des vexations imaginaires employées, dit-on, par les hauts barons à l'égard de leurs sujets. Aussi cette page de l'histoire de Châteaubriant m'a-t-elle paru si intéressante, que j'ai cru devoir la publier dans tout son développement.

Geoffroy IV mourut peu de temps après avoir fait son testament, le 29 mars 1263, suivant le Cartulaire de la Primaudière ; son corps fut déposé dans l'église priorale de la Trinité, qu'il avait fondée, auprès de sa première femme Sibylle. En 1663, on voyait encore, dans « l'enclos du balustre du maître-autel, un monument enfoncé dans le mur, à la hauteur de quatre pieds et demy de terre, du costé de l'épistre.... ce monument soustient la figure d'un homme, au côté duquel est un bouclier chargé des armes de Chasteaubriant, et nous a dit un des religieux de la Trinité présent, qu'audessous dudit monument, il y avait une cave ou charnier où repose le corps qui est représenté par ladite figure. » Nous croyons volontiers que le tombeau de ce chevalier inhumé près du maître-autel était celui du fondateur de la Trinité.

Les armoiries représentées sur le tombeau de Geoffroy IV nous amènent naturellement à parler du blason des sires de Châteaubriant. Les premiers seigneurs de notre ville portèrent dans leurs armes un papelloné ou plutôt des plumes de paon sans nombre, comme le témoignent les sceaux de Geoffroy II, en 1199, et de Geoffroy III, en 1214 et en 1217, publiés par D. Morice. Le P. du Paz prétend toutefois que le même Geoffroy III portait de gueules à des pommes de pin sans nombre, et qu'un sceau ainsi blasonné était attaché à l'acte de fondation de la Primaudière (1207). Il se peut que ce savant généalogiste ait pris pour des pommes de pin le papelloné dont les bénédictins nous ont conservé la figure dans trois sceaux différents ; il se peut aussi que Geoffroy III ait changé de sceau, comme D. Lobineau avoue que le faisaient parfois les seigneurs de cette époque. Quoi qu'il en soit des premières armoiries de Châteaubriant, Geoffroy IV reçut de Saint-Louis, en récompense de sa valeur et de sa fidélité, le plus glorieux blason. Ce roi lui accorda, ainsi qu'à ses descendants, la permission de porter les armes royales de France, les fleurs de lys alors sans nombre, sauf le champ qu'il fit de gueules. Et faisant allusion à cette couleur rouge qui, dans le fond de l'écusson, remplaçait l'azur du blason royal, les seigneurs de Châteaubriant prirent pour devise cette magnifique parole : « notre sang teint les bannières de France, » constant témoignage de la reconnaissance et du dévouement de nos barons à l'égard de leurs rois.

Joinville raconte que lors de la bataille de Mansourah en 1250, Chotard [très vraisemblablement Geoffroy] sauva le roi Saint-Louis et rependit son sang sur les armes du monarque qui, pour l’en remercier l’autorisa à transformer ses armes comme nous l’avons vu.

Geoffroy IV avait eu six enfants de ses deux mariages, sans que nous sachions de quel lit sortît chacun d'eux, sauf l'aîné qui naquit certainement de Sibylle. Ces enfants étaient : 1° Geoffroy V, qui lui succéda ; - 2° Brient, chevalier, mentionné dans le testament de son père ; - 3° Jean, chevalier, qui vivait en 1286 ; - 4° Sibylle, mariée à Maurice de Belleville, seigneur de la Garnache et de Montaigu ; - 5° Marquise ou Marguerite[1], épouse d’Yvon de la Jaille, dont nous descendons ; - 6° Enfin, Guyote dont on ignore l'alliance probablement peu fortunée, comme l'insinue le testament de Geoffroy IV, qui ordonne à cette dame de rejoindre son mari.

La veuve du baron de Châteaubriant, Amaurye de Thouars, se remaria avec un chevalier nommé Olivier de l'Isle, et Geoffroy V ajouta à son douaire, en 1266, cent livres de rente quil avait coutume de prendre « en la borse de monseigneur le roy de Sicile », et trente livres de rente sur « sa châtellenie de la Flèche. »

 

Le château fut édifié en 1015 par Briant, qui donna son nom à la ville de Châteaubriant.

Jean de Laval, devenu gouverneur de Bretagne en 1531, modifia le château médiéval et ajouta un bâtiment renaissance, le « bâtiment des gardes. »

L’ensemble, acquis par le Conseil général de Loire-Atlantique en 1853, deviendra cité administrative.

 

 

 

Sources principales : ===========================================

Site d’Amaury de la Pinsonnais

 

Lien de parenté : =============================================

 

Geoffroy IV de Châteaubriant

Geoffroy V de Châteaubriant

Jean de Châteaubriant

Geoffroy Brideau de Châteaubriant

Marguerite de Châteaubriant

Guillemette Foucher

Etienne d’Escoubleau

Jean d’Escoubleau

François d’Escoubleau

Catherine d’Escoubleau

Isabelle de Clermont

Françoise de Beauvau

Jean-Armand de Vouer de Paulmy

Céleste de Voyer de Paulmy

Agathe de la Rivière

Yvonnette de Rivié de Riquebourg

Monique de Gouy d’Arsy

Arsène O’Mahony

Maurice O’Mahony

Yvonne O’Mahony

Monique Bougrain

Dominique Barbier

 

 

 



[1] On trouve les deux noms cités dans divers auteurs, et dans les titres de cette époque : Chérin, Beauchet-Filleau, Dom Morice disent Marguerite, (Dom Morice, Preuves, I, 1187), et le texte de l'abbaye de Beauport relatif à une donation faite à cette abbaye par Mahaut de Guingamp, dame de Pordic, confirmée en 1263 par Yvon VIII, porte Marquise.